dimanche 13 juin 2021
L’attentat de Damien.
Il
y a 264 ans, Louis XV était victime d’un coup de couteau de la part d’un
certain Robert-François Damiens, un exalté qui lui reprochait ses penchants
libertins (au sens politique de l’époque) inspirés par Mme de Pompadour. Sans
doute ne voulait-il pas vraiment tuer le roi, mais celui-ci en fut traumatisé
et opéra par la suite un virage politique nettement plus conservateur.
La
baffe de Damien Tarel infligée à notre moderne Petit Prince relève, au fond, de
la même démarche : rappeler au monarque républicain ses obligations de
Chef d’Etat, après que celui-ci ait abandonné sa posture jupitérienne pour se
complaire dans des exhibitions démagogiques censées s’inscrire dans l’air du
temps. Les cris d’orfraie ont fusé de toute part : « mais enfin, c’est
scandaleux, c’est la République et la France qu’on assassine ! ».
Evidemment,
gifler un Président, cela ne se fait pas. Gifler personne non plus d’ailleurs.
Mais si cette claque peut faire éprouver à notre Petit Prince surprotégé ne
serait-ce qu’un léger sentiment d’insécurité, comme en éprouvent tant de nos
compatriotes (et souvent bien au-delà de la baffe du Sieur Tarel), alors elle n’aura
pas été vaine.
Manif enfarinée.
Pas
moins d’une centaine d’associations, de partis et de syndicats de gauche ont
répondu hier à l’appel de Jean-Luc Mélenchon à manifester contre la montée de l’extrême-droite
et défendre les libertés, menacées selon eux par les lois sécuritaires du
gouvernement.
Donnée
largement perdante dans les urnes, la gauche essaie de se refaire une santé par
le bon vieux truc éculé du « front antifasciste », et en cherchant à
amalgamer Macron et Le Pen. Bilan assez minable : une centaine d’associations
diverses n’ont réussi à faire descendre dans les rues de toute la France que 35 000
personnes selon la police (9000 à Paris), 150 000 selon les organisateurs.
Cela n’a pas fait la Une, plus occupée par le retour des fêtes en plein air, le
malaise d’un joueur de foot danois (plus grave que le massacre d’une centaine
de villageois burkinabés par des djihadistes cette semaine), la marée noire en
Corse, ou la prolongation du match de Roland Garros au-delà de 23h.
On ne retiendra
de cette manif que le jet de farine contre Jean-Luc Mélenchon, qui succède
ainsi à François de Rugy dans la liste –que j’espère non close- de
personnalités rappelées à l’ordre par quelques plaisantins. Cela me rappelle le
bon vieux temps des attentats pâtissiers des Gloupiers !
Papacito,
l’homme à abattre.
La
grande purge du Net et la chasse aux « factieux » continue. Papacito,
boxeur d’origine catalano-gitane, patriote français et royaliste, féru d’Histoire
et d’arts martiaux, a il est vrai frappé très fort avec sa vidéo où l’on voit
un mannequin « gauchiste » essuyer un double tir de calibre 12. Il
fallait toutefois regarder la vidéo en entier et écouter les propos de l’auteur
pour comprendre –ce qui était à la portée d’un gamin de 10 ans d’il y a 20 ans-
qu’il s’agissait là d’un humour grinçant au 2e ou au 3e
degré, dans un esprit qui rappelle le professeur Choron d’Hara-Kiri. On peut
aimer ou pas. C’est là que l’on mesure à quel point une certaine gauche, qui a
longtemps fait l’apologie de ce genre d’humour, ne supporte pas qu’on le
retourne contre elle. Une gauche devenue bigote et hypocrite dans son droits-de-l’hommisme,
son écologisme, son féminisme, son antiracisme, une gauche cul-serré pour
laquelle tout devient « grave », « poignant » ou « glaçant ».
Tout, sauf la mort de la France et de nos libertés fondamentales, comme celle d’aller
et de venir dans notre propre pays, ou d’exprimer son opinion sur tous les
sujets. Car où est la gauche, alors que se met en place une dictature sanitaire et morale sans précédent dans notre histoire ? Elle est pour, bien sûr. Ou ne dit
mot, ce qui revient à consentir.
La réforme des retraites, le
retour.
Pendant
que l’on occupe le bon peuple avec des sujets plus ou moins palpitants, le
gouvernement entend bien remettre en chantier son œuvre majeure, réclamée par
la Commission de Bruxelles à son exécutant de l’Elysée. Comme d’habitude de la
part des libéraux, une régression sociale nous est présentée comme une
nécessité absolue, et un « retard français » à corriger d’urgence.
Selon
Bruno Le Maire, qui nous a surjoué l’indignation cette semaine, il est
inacceptable que tant de Français âgés de 55 à 65 ans soient en sous-emploi.
Gâchis de compétence ! Tous ces gens pourraient encore être utiles,
transmettre leur expérience aux jeunes, etc…Sans doute, M. le Ministre, mais
comment allez-vous convaincre certaines entreprises de garder plus longtemps
des salariés jugés trop vieux, trop coûteux, pas assez branchés nouvelles
technologies, plus vraiment sexy, voire trop « blancs » ?
Pas
difficile de deviner la solution, déjà mise en œuvre dans bien des pays « avancés » :
mettre ces vieux à temps partiel, dans des postes plus ou moins adaptés, et/ou faire
sauter en parallèle ce qui reste de confortable dans l’assurance chômage et les
règles du salaire minimum. Les vieux deviendront alors rentables, et n’auront
pas le choix s’ils veulent survivre : continuer à bosser pour pas cher
jusqu’à 65, 70, 75 ans. Et si possible, crever au boulot, cela arrangera les
comptes de la Sécu. On pourra toujours dire que c’est la faute au Covid.
Reste à savoir si Macron osera
vraiment relancer ça avant les présidentielles. Dans l’absolu, cela paraît
suicidaire politiquement, sauf à parier sur une hypothétique reconnaissance de
son courage réformateur, et bien entendu sur un duel face à Le Pen qui se
terminerait comme en 2017, ce qui n’est pas gagné d’avance.
Autre hypothèse : Macron va
jusqu’au bout, achève de se griller avec son sous-fifre Castex (lequel n’a été
jusqu’ici ni giflé, ni enfariné, juste moqué)…et ne se représente pas, laissant
au dernier moment la place à Edouard Philippe. Le maire du Havre, préservé des dernières
intempéries médiatiques, serait davantage susceptible de rassembler la droite
et le centre face à une gauche en miettes, et mieux à même de contrer le RN. Un
coup à la Pompidou en 1969, l’extrême-droite en moins à l’époque, ce qui
complique l’équation actuelle.
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