mercredi 28 février 2018

Petit-fils de cheminot, Wauquiez, Seznec, Oral de maturité


mercredi 28 février 2018

            Il a neigé !

Les enfants et moi râlions de voir presque toutes les régions avoir leur dose de neige, et pas nous…Mais voilà le tort réparé, un peu avant le retour du printemps. Pas d’école ce matin, bataille de boules de neige. Un bonheur de gosses qui fait du bien.

            L’homme de fer, ou comment rabattre le caquet du petit peuple.

Plus fort que notre Petit Prince, tu meurs ! Record absolu de présence au salon de l’agriculture, résistance verbale aux agressions des paysans hargneux et des cégétistes en colère venu lui causer de la réforme à venir de la SNCF. « Moi, mon grand-père, il était cheminot [j’ai donc un point commun avec Macron, NDA], mais il ne faisait pas le même métier que vous ! » Sous-entendu, vous vous la coulez douce par rapport à lui, salauds ! Cela me rappelle la réplique de Jean Dujardin à Alex Lutz, dans le 2e volet d’OSS 117 : « Moi, mon père, il était charron ! » gronde-t-il avant de gifler le merdeux. J’adore cette façon de mobiliser ses vieux parents pour tout et n’importe quoi. « On ne me la fait pas, à moi, non mais…moi aussi je viens du peuple. » Ils ont du se donner le mot, au gouvernement, puisque Bruno Le Maire a joué dans le même registre face à un autre syndicaliste qui lui reprochait de ne pas connaître le prix d’une baguette de pain ou d’un ticket de bus. « Mais si, moi aussi j’achète mon pain et je paie les tickets de bus de mes enfants ! » Le reportage ne va pas plus loin, donnant ainsi le dernier mot au vaillant Ministre de l’Economie. En ce qui me concerne, à la place du « gueux », j’aurais répondu : « Vous payez sans doute plein de choses, M. le Ministre, mais avec un salaire bien différent du mien ! »

            Wauquiez, le Trump français ?

C’est l’analyse la plus fréquente, après la « sortie » fracassante du leader des Ripoublicains devant une classe d’étudiants en commerce. Prétendument destinés à la confidentialité, mais de toute évidence faits pour créer le buzz, les propos de Laurent Wauquiez ont déclenché une tempête médiatique. Sur le fond, beaucoup de conneries et de provocations bêtes. C’est visiblement tout ce que Wauquiez a trouvé pour faire parler de lui, en clone triste de Donald Trump. Je suis en train de relire Dead Zone, un roman de Stephen King paru en 1979, dans lequel il imagine l’ascension d’un politicien américain sans scrupule nommé Greg Stillson, qui entend devenir le candidat républicain à la Maison Blanche. L’homme, inculte et brutal, utilise les méthodes les plus vulgaires pour parvenir à ses fins et charmer des électeurs blasés par le « bullshit » habituel des médias bien-pensants. Cela a fini par arriver aux Etats-Unis, pour de vrai. La sauce prendra-t-elle en France ?

            Un os dans l’affaire Seznec.

L’histoire a fait palpiter nos journalistes en mal de sensationnel : des fouilles dans la grange de la famille Seznec ont révélé la présence d’un os et d’une pipe. Mon Dieu ! Serait-ce les restes du disparu, Quémeneur, qui aurait été assassiné par Seznec, lequel fut envoyé au bagne pendant 20 ans tout en ayant toujours proclamé son innocence ? Depuis les années 1920, l’affaire Seznec est le serpent de mer de l’Histoire judiciaire française, faisant l’objet de multiples demandes en révision, toutes rejetées faute d’éléments nouveaux. Là, on allait voir ce qu’on allait voir ! Le petit-fils Seznec avait émis des doutes : « Il fallait quand même que mes ancêtres soient un peu neuneus pour enterrer leur victime dans leur propre grange, alors qu’ils avaient la mer à 500 mètres, une rivière en contrebas et des bois partout… »
Les analyses ont parlé : l’os est celui d’un chien. Reste la pipe…
Je ne vois qu’une explication possible : le chien des Seznec fumait la pipe en cachette dans la grange, où il est mort du cancer des poumons.

            Nouveau bac, nouveau lycée. L’éternel retour du changement.

Cela va faire la quatrième grande réforme du lycée que j’expérimente en 25 ans de carrière. Si je n’y suis pas hostile pour l’instant, je reste très dubitatif quant à la façon dont les choses vont se mettre en place. Rien n’est encore très lisible là-dedans, et le peu qui s’annonce clairement, tels que la place grandissante du contrôle continu ou le fameux « oral de maturité » (quel énoncé ronflant !), me donne la fâcheuse impression d’une nouvelle usine à gaz, dont notre Ministère s’est fait la spécialité depuis bien des années.
Et cela s’aggrave sensiblement depuis que l’on a pris la fâcheuse habitude de faire appel à des pontes de Sciences Po pour proposer des solutions aux problèmes éducatifs. Descoings en son temps, avec sa calamiteuse « aide personnalisée » qui n’en était pas une ; aujourd’hui Mathiot et Delhay, dont la marotte est l’oral. L’oral, c’est magique ! C’est égalitaire ! Mwouais…
Mais quand on évoque le problème de la mise en pratique, qui nécessite forcément des petits groupes et donc des moyens, Cyril Delhay s’énerve  (Marianne, 23/02-01/03) : « Il suffit d’une quinzaine d’heures pour un groupe de 15 personnes ! »
J’ai donc fait mes petits calculs, en prenant l’exemple de mon lycée. Si on limite l’expérience aux seules classes de terminale, cela nous fait 11 classes d’environ 30 élèves à diviser par deux (j’arrondis), soit 22 groupes ; multiplié par 15 heures = 330 heures à consacrer à l’exercice ! Précisons que pour économiser les moyens, justement, le rectorat fait pression sur les chefs d’établissements pour ne plus dédoubler les classes dans certaines disciplines, et que nous en sommes à nous battre pour une poignée d’heures ici ou là. Par quel miracle, sinon une énième cure d’amaigrissement de nos matières déjà réduites à peu de choses, arriverons-nous à faire passer ce nouveau machin ? Le plus logique serait de sacrifier en priorité l’Aide personnalisée et les « enseignements d’exploration », autres connerie héritée de l’ère Descoings. A Science Po comme au lycée, faire et défaire, c’est toujours travailler…

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