Lundi 1er janvier 2018.
Je viens de parcourir le dernier hors-série
du magazine GEO. Consacré à « ces
héros qui changent le monde », il est particulièrement intéressant à plus
d’un titre. Passons rapidement sur les banalités éditoriales qui accompagnent d’ordinaire
ce genre de publications, dans le style « penser global, agir local »…et
autres citations obligées, de Brecht à Camus. L’essentiel est ailleurs.
Le
tour du monde des « initiatives citoyennes » évoquées dans ce
magazine brasse des thèmes très variés : préservation de l’environnement,
vie quotidienne, urbanisme, médecine, action sociale et éthique. Les actions modestes
ou spectaculaires, les projets simples ou grandioses, peuvent inspirer à la
fois le plus grand optimisme, ou au contraire susciter la plus profonde déprime
tant ils dépeignent, en creux, l’image d’un monde qui va mal sur tous les
plans. Destruction massive de la faune et de la flore, épuisement des
ressources naturelles, violences multiples.
Une
chose frappante dans cet inventaire : rien sur la politique. Souci de neutralité
éditoriale ? Ou un constat d’évidence : la vie politique mondiale
aujourd’hui n’apporte plus guère d’espoir en une vie meilleure. Les démocraties
libérales occidentales sont pour beaucoup d’entre elles malades de leurs
contradictions, les régimes autoritaires se renforcent ou font naufrage, selon
leur état de santé économique, le fanatisme religieux se porte à merveille (l’écrasement
militaire de Daesh n’est qu’un épisode mineur du combat contre l’islamisme).
Partout règne la dictature des marchés.
Les « grands
de ce monde » s’avèrent bien impuissants, quand ils n’ajoutent pas au
chaos par leur incompétence (Trump). S’en sortent le mieux les plus veinards et
les plus fins manœuvriers (Macron), mais on peine à voir en eux les porteurs d’un
idéal exaltant.
Pour finir, un article consacré à
Alain Brunet, psychologue canadien spécialiste des traumas, m’a rappelé par
association d’idées un reportage douteux diffusé sur France 2 il y a quelques
semaines. Il y était question d’un stage offert à une vingtaine de rescapés des
attentats parisiens de novembre 2015, par une association dont j’ai oublié le
nom. Comment soigner ces malheureux ? Par deux semaines de vacances
sportives en Guadeloupe ! Plongée sous-marine, randonnée, tyrolienne,
séjour en hôtel tout confort…Les « victimes » étaient comme par
hasard toutes très photogéniques, dont une jeune femme traumatisée par la
blessure…de son mari, qui ne participait pas à l’expérience ! Tout cela
filmé avec une complaisance hallucinante par des journalistes visiblement
séduits par l’idée de s’offrir également une belle escapade. Une seule question
qui fâche, à la fin, celle du prix : 150 000 euros quand même, mais
payés par qui ? Tout cela puait le détournement de fonds publics (voir ces
affaires de fausses victimes d’attentats ayant touché indûment des aides).
Il y cent ans, nos vaillants poilus
revenus de l’enfer des tranchées avaient été renvoyés dans leurs foyers avec
une pension minable, une médaille (pas toujours) et quelques discours
ronflants. Aujourd’hui, ceux qui sont tombés pour la France doivent faire de la
place, sur les monuments aux morts, aux noms des victimes d’attentats, comme
cela s’est fait récemment dans une commune française. Et nous sommes sommés de
pleurer tous les ans, avec force bougies, peluches et extinction de Tour Eiffel.
C’est à ce genre de détails que l’on mesure la décadence d’une civilisation.
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