jeudi 27 juillet 2017

Fin de l'état de grâce pour le Schtroumpfissime ?

jeudi 27 juillet 2017

            Macron : déjà la fin de l’état de grâce ?

Tant pis pour mes vacances, je rempile un peu. C’est en écoutant la revue de presse de France Inter, ce matin, précédant l’interview d’Alexis Corbières (sous-chef des Insoumis) que mon instinct de chroniqueur s’est ranimé. Je n’en revenais pas du caractère accablant des gros titres relevés par le journaliste : sur presque tous les sujets, Macron est son équipe sont désormais sur la défensive. Le fameux principe médiatique « lécher, lâcher, lyncher » se vérifie une fois de plus. On en est, selon moi, à la phase deux, tandis que les sondages annoncent une baisse de 10 points de la popularité du Président, pire que Sarko et Hollande à date équivalente.
Pourquoi un tel désaveu ? Selon moi, deux faits majeurs peuvent être retenus, qui tiennent davantage du symbole que du fond -mais la politique fonctionne largement sur ces deux moteurs :
-La fâcherie avec les militaires. L’Armée a retrouvé, par la force des temps troublés que nous vivons, une aura très positive (à mon sens, sans équivalent depuis la période séparant la guerre de 1870 de celle de 1914), ce que Macron avait apparemment bien compris lors de sa campagne électorale, en flattant les militaires et promettant de gros efforts en matière de défense. Et ce n’est pas du luxe, quand on voit l’état de délabrement de certains équipements et un manque cruel d’effectifs. Sa cérémonie d’entrée en fonction faisait la part belle aux militaires, tandis que l’on annonçait que le Ministère de la Défense reprendrait son ancienne appellation de « Ministère des Armées »…hélas vite désarmé !
A peine élu, Jupiter revient largement sur ses engagements en faisant porter au budget des armées les 850 millions de crédits dédiés aux OPEX, jusqu’ici avancés par Bercy. Le général de Villiers, chef d’Etat-Major très populaire, déclare en petit comité ne pas vouloir « se faire baiser ». Le Petit Prince devenu Pharaon-Jupiter réplique par une humiliation publique, poussant le général à la démission sous les applaudissements de la troupe du « Balardgone ». Vexé, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner déclare que de Villiers n’est qu’un orgueilleux qui a mis en scène son départ. Tollé général. Entretemps, Macron effectue une visite à la base aérienne d’Istres, pour une tournée des popotes se voulant gaullienne, destinée à recoller les morceaux. Mais il va trop loin en se déguisant en aviateur façon « Top gun ». Le vieux coup du « je m’habille comme vous pour susciter l’adhésion par identification », ça ne marche plus, surtout venant de quelqu’un qui n’a pas fait son service militaire ! Il a beau ensuite promettre une augmentation des crédits militaires, le mal est fait…avec une fâcheuse impression d’incohérence en plus.
-La baisse de l’Allocation personnalisée au logement (APL) : cinq euros, d’accord, ce n’est pas énorme…du point de vue des classes moyennes supérieures qui ont porté Macron au pouvoir. Mais les Mélenchonistes ont tout de suite saisi la perche symbolique que leur tendait le gouvernement, en présentant au parlement ce que représentait, pour un ménage modeste, cette même somme. Ce coup de rabot, parmi tant d’autres, donne prise au surnom de « Robin des Riches » qu’avait déjà Sarkozy. Alors que l’on fait des cadeaux fiscaux aux détenteurs de valeurs mobilières (plus d' un milliard d’euros perdus au budget national), on taxe les pékins (pour récupérer 35 millions)…où est la rigueur ?
Si ajoute à tout cela, dans le désordre, les 13 milliards d’économie demandées aux collectivités locales à qui on va retirer la taxe d’habitation, la révolte de certains adhérents d’En Marche qui contestent la direction trop autoritaire du mouvement, l’idée farfelue de Marlène Schiappa d’un CAP petite enfance accordé aux jeunes parents qui se sont consacrés à leurs mômes, et j’en passe…cela commence à faire beaucoup, alors que les plus grosses difficultés sont à venir avec la réforme du Code du Travail. Les gesticulations diplomatiques du Président-qui-ne-prend-pas-de-vacances ne suffisent visiblement pas à compenser les points négatifs que le pauvre Edouard Philippe est censé prendre à son compte pour sauver Jupiter.

En conclusion, je dirai simplement que l’illusion se dissipe malgré la torpeur estivale. Emmanuel Macron, champion de la classe dirigeante mondialisée, européiste et atlantiste, n’est pas arrivé au pouvoir par une vague de fond populaire comparable à celle qui avait permis le triomphe gaulliste en 1958. Il a été élu par défaut, en usant habilement de son talent de communicateur et de la bienveillance des grands médias subventionnés, face à des rivaux trop faibles pour lui faire obstacle. Il se retrouve dans la même situation que ses prédécesseurs, pris au piège entre les attentes de la société française (elles-mêmes contradictoires) et celles des marchés et de la Commission de Bruxelles. Et tous les grands airs de « Schtroumpfissime » qu’il cherche à se donner n’y changeront rien.

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