mercredi 5 avril 2017
Le choc des onze.
J’avoue ne pas
avoir tenu très longtemps devant ce « monster game » télévisuel mis
en scène hier soir sur deux chaînes privées. Pour la première fois dans
l’histoire politique française, les onze candidats à la présidentielle étaient
mis en confrontation. L’occasion pour les « petits » de venir
mordiller les « gros ». Bonne idée sur le fond, très frustrante et
lourde à mettre en œuvre sur la forme. Quelques minutes de temps de parole pour
chacun dans ce catch politique, dans une interminable confrontation de près de
quatre heures…de quoi se coller le tournis, ou une indigestion citoyenne. J’ai
donc choisi la solution de facilité en consultant les comptes rendus
médiatiques du lendemain.
Au final, il en
ressort que Le Pen et Fillon se sont bien fait cogner dessus par les autres,
que Macron a été relativement épargné, mais n’a pas brillé pour autant, et que
Poutou a fait le buzz avec son « nous, on n’a pas l’immunité
ouvrière » (excellent !)
Voici, après
tout cela, ma revue générale des candidats, à deux semaines du 1er
tour.
Honneur
aux « gros », selon les critères médiatiques et sondagiers (plus de
90% des intentions de vote à eux cinq) :
-Emmanuel Macron : plutôt
sympathique à première vue, le sosie de Boris Vian, et son idée de faire
exploser les anciens clivages n’est pas pour me déplaire. Il est aussi le
premier à avoir fait déposer une épaisse brochure électorale dans ma boîte aux
lettres. Mais ses idées en font le champion de tout ce dont je me méfie, ou que
j’ai fini par détester : le libéralisme bien-pensant, l’européisme niais,
le mondialisme béat, la technophilie compulsive. Le soutien massif de tous les
caciques de cet ordre ancien qu’il prétend abattre dans une
« révolution » des plus fumeuses le rend suspect. Emmanuel Hollande,
Nicolas Macrozy, Giscard-Macron ?
Dans des pots
neufs, on nous ressert de la vieille soupe…
-Marine
Le Pen : parfait miroir aux alouettes, qui sait
capter des voix populaires en leur faisant oublier qu’elle n’est qu’une
politicienne comme les autres. Son seul argument valable est qu’elle n’a jamais
participé aux hautes sphères du pouvoir national. Vu ce que cela donne déjà au
niveau local et européen, cela ne donne pas envie d’essayer ! Marine Le
Pen est également l’épouvantail idéal du « système » qu’elle
pourfend. Sa principale fonction, dans le paysage politique actuel, est de
justifier tous les ralliements à Macron sous prétexte de « sauver la
démocratie » et d’éviter le chaos
qu’engendrerait la mise en œuvre de son programme.
-François
Fillon : est arrivé à battre Sarkozy dans
l’enfilage de casseroles au derrière, et ce en moins de deux mois ! La
crise qu’il traverse révèle certes un « homme fort », mais aussi un
grand bourgeois plein de morgue et de suffisance. Son attitude à l’égard de
Philippe Poutou, lors du grand débat, est révélatrice d’un mépris de classe
inacceptable.
-Jean-Luc
Mélenchon : le meilleur tribun de la campagne, avec
un programme cohérent (à défaut d’être réaliste, mais tel n’est pas son but).
J’avais voté pour lui au 1er tour de 2012, avant de m’en détacher du
fait d’une attitude déplaisante. Mélenchon s’est amélioré depuis, et il garde
toute mon estime. Ce serait sans doute le seul candidat qui me ferait aller
voter au second tour cette année, face à Le Pen, Macron ou Fillon. Mais je n’ai
guère envie de le soutenir dès le 1er round, cette fois-ci. Car lui
aussi, comme le FN, peut se voir opposer l’épreuve de la réalité du pouvoir
avec l’exemple de Grenoble. Dans cette ville, une coalition Front de
Gauche-Verts-dissidents socialos règne depuis les dernières municipales. Le
bilan de deux ans de gestion rouge-vert, et du maire Eric Piolle (surnommé « Piolle-Pot »
par ses opposants de droite) est assez lamentable : mélange d’amateurisme,
de dogmatisme bien-pensant, de laxisme sécuritaire…Grenoble se dégrade à vue
d’œil. Et Mélenchon de déclarer que cette cité constitue le
« navire-amiral » de la « France insoumise ». Je n’ai guère
envie d’accompagner la croisière jusqu’à Trafalgar !
-Benoît
Hamon : le martyr de la campagne, trahi de toute
part, siphonné sur sa gauche par Mélenchon. Le dernier défenseur d’un
socialisme « touche pas à mon pote » repeint en vert. Il soulève
certes des pistes intéressantes, avec sa taxe sur les robots, la
légalisation du cannabis ou la question d’un revenu universel (que je
n’approuve pas par ailleurs). Il paraît relativement honnête et sympathique.
Mais la société qu’il incarne, toute en bienveillance naïve, n’est pas –ou
plus- celle à laquelle j’aspire. Et en plus, la mielleuse Najat fait partie des
rares personnalités à le soutenir !
Passons aux six
« petits ».
-Nicolas Dupont-Aignan : le dernier
gaulliste continue le combat, et s’en sort plutôt bien si l’on en croit les
sondages. Moqué par les la classe médiatique dominante, il commence à devenir
suffisamment dangereux pour que l’on se mettre, curieusement, à lui chercher
des poux dans la tonsure pour sa gestion du parc HLM de sa bonne vielle de
Yerres. Certes, tout n’est pas crédible non plus chez lui, même si son
souverainisme me paraît plus raisonnable que celui d’un Asselineau ou d’une Le
Pen. Par ailleurs, son idée d’une période de carence de cinq ans pour les
étrangers installés en France, avant de prétendre à certains droits sociaux,
est aussi inconstitutionnelle que discutable sur le fond. Mais c’est à lui,
pour l’heure, que je veux donner une chance. Un coup de feu en l’air, ou un
coup d’épée dans l’eau ? Peu importe. Je ne veux pas me laisser piéger par
le vote « utile », qui profite toujours aux mêmes.
-François Asselineau : obsédé par
le complot américain, dont l’UE serait l’instrument. Pas faux sur bien des
points, mais une rengaine paranoïde ne fait pas un programme. Un candidat
utile, toutefois…
-Jean Lassalle : la curiosité
rustique de la campagne. Même habitant le Béarn, j’ai peine à le comprendre,
aussi bien sur le fond que sur la forme. Mais l’homme a un côté
« poète-et-paysan » tout à fait sympathique.
-Jacques Cheminade : l’éternel
représentant de la branche française du mouvement semi-sectaire de l’illuminé
américain Lyndon La Rouche. J’ai lu pendant un moment leur revue, et il faut
reconnaître que tout n’est pas idiot, loin de là. Après tout, la conquête de
Mars n’est pas plus invraisemblable que le développement durable, le plein
emploi en Occident, ou la démocratie libérale dans le monde arabo-musulman.
-Philippe
Poutou : seul candidat ouvrier de la campagne, et
le premier à avoir osé taper Fillon et Le Pen là où ça fait mal :
respect ! Dommage qu’il soit par ailleurs le porte-drapeau d’une
extrême-gauche (le NPA) sans-frontiériste, communautariste et d’un
« antifascisme » totalement hors sol.
-Nathalie Arthaud : le clone triste
d’Arlette Laguillier, figure de proue de l’autre branche du trotskysme, la
sinistre secte Lutte Ouvrière. Sa mine revêche de méchante prof me colle des
frissons. Même lorsqu’elle sourit, on dirait qu’elle va mordre !
Allez, bonne chance à tous ! A
certains plus qu’à d’autres, quand même…
Vendredi 7 avril 2017
Frappe
de Trump en Syrie : the Mad Man Theory ?
Sacré
Trump ! Honni par tout ce que la planète compte de « gens
biens », le voilà promu tout-à-coup champion du « bon droit » et
des « droits de l’homme » ! Il aura fallu pour cela 59 missiles
Tomahawk balancés sur une base aérienne du vilain Bachar.
Récapitulons les
faits. Il y quelques jours, une position rebelle en Syrie (les
« gentils » soutenus par l’Occident et ses alliés du Golfe) est
bombardée par l’aviation d’Assad. De nombreux civils sont tués, une fois de
plus, mais beaucoup auraient été victimes d’armes chimiques. Horreur suprême !
Abomination ! Violation du droit international !
Les alliés
d’Assad, Russes en tête, font valoir que ces armes chimiques étaient peut-être
en dépôt chez les rebelles, et que le bombardement les aurait justement
activées. De fait, il y a des dépôts de ce genre partout dans le pays…Et les
rebelles s’en sont déjà servis. Mais non, voyons, pas possible ! Le
méchant, c’est Assad, forcément lui.
Donald Trump a,
paraît-il, été traumatisé par les images d’enfants gazés diffusées par les
rebelles. Il n’en aurait pas dormi de la nuit. On croyait avoir affaire à un
crotale, un fauve en rut, un abruti fini…Mais non, Oncle Donald n’est que
tendresse et passion pour les faibles et les innocents ! Son sang ne fait
qu’un tour, et sans attendre l’accord de l’ONU, le shérif ose faire ce que
certains attendaient avec ferveur : frapper Bachar.
Et de se faire
applaudir par Hollande, Macron, les gouvernements britannique, turc, saoudien,
israélien…Encore, encore !
Evidemment, des
doutes surgissent. Le shérif a pris quand même la précaution de prévenir les
Russes, afin qu’ils évacuent le site visé (ce qui a permis de mettre à l’abri
pas mal de monde au dernier moment). 59 missiles à 800 000 dollars l’unité
en moyenne, cela fait plus de 47 millions de dollars le raid, rien que pour les
missiles, pour des dégâts apparemment minimes : six morts, quelques vieux
zincs bouzillés et des dépôts de carburant…Rien qui puisse paralyser l’armée de
Bachar.
Ce matin sur
France Info, l’expert de service a rappelé la « Mad Man Theory »
formulée par Henry Kissinger au début des années 1970. En gros, il s’agit de
faire croire que le Président du pays que vous servez (à l’époque, Nixon) est
un type instable, limite incontrôlable, et qu’il vaut mieux ne pas le
contrarier. Sauf que Nixon, tout alcoolique et tricheur qu’il était, n’était
pas un crétin, et qu’on lui doit les plus beaux succès diplomatiques américains
de l’époque (désengagement du Vietnam, accords de limitation des armements
stratégiques avec l’URSS, rapprochement avec Pékin…)
Est-on ici dans
le même cas de figure ? Où est l’intérêt des Etats-Unis, dans ce geste
inconsidéré qui fout en l’air le délicat travail de rapprochement entre
Washington, Moscou et Téhéran, dans la lutte contre le djihadisme
sunnite ? Des grincheux voient là-dedans une magnifique diversion,
destinée à faire remonter la cote de popularité d’un président qui essuie les
échecs depuis son investiture (fort heureusement d’ailleurs, notamment pour
l’Obamacare). Et un appel du pied aux partenaires en affaires que sont les
régimes de Riyadh ou d’Ankara.
Un beau gâchis
en tout cas. Thank you, Mad Man !
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