samedi 8 avril 2017

revue des candidats 2017, frappe de Trump en Syrie : "Mad Man Theory"

mercredi 5 avril 2017

            Le choc des onze.

J’avoue ne pas avoir tenu très longtemps devant ce « monster game » télévisuel mis en scène hier soir sur deux chaînes privées. Pour la première fois dans l’histoire politique française, les onze candidats à la présidentielle étaient mis en confrontation. L’occasion pour les « petits » de venir mordiller les « gros ». Bonne idée sur le fond, très frustrante et lourde à mettre en œuvre sur la forme. Quelques minutes de temps de parole pour chacun dans ce catch politique, dans une interminable confrontation de près de quatre heures…de quoi se coller le tournis, ou une indigestion citoyenne. J’ai donc choisi la solution de facilité en consultant les comptes rendus médiatiques du lendemain.
Au final, il en ressort que Le Pen et Fillon se sont bien fait cogner dessus par les autres, que Macron a été relativement épargné, mais n’a pas brillé pour autant, et que Poutou a fait le buzz avec son « nous, on n’a pas l’immunité ouvrière » (excellent !)
Voici, après tout cela, ma revue générale des candidats, à deux semaines du 1er tour.
Honneur aux « gros », selon les critères médiatiques et sondagiers (plus de 90% des intentions de vote à eux cinq) :
-Emmanuel Macron : plutôt sympathique à première vue, le sosie de Boris Vian, et son idée de faire exploser les anciens clivages n’est pas pour me déplaire. Il est aussi le premier à avoir fait déposer une épaisse brochure électorale dans ma boîte aux lettres. Mais ses idées en font le champion de tout ce dont je me méfie, ou que j’ai fini par détester : le libéralisme bien-pensant, l’européisme niais, le mondialisme béat, la technophilie compulsive. Le soutien massif de tous les caciques de cet ordre ancien qu’il prétend abattre dans une « révolution » des plus fumeuses le rend suspect. Emmanuel Hollande, Nicolas Macrozy, Giscard-Macron ?
Dans des pots neufs, on nous ressert de la vieille soupe…
-Marine Le Pen : parfait miroir aux alouettes, qui sait capter des voix populaires en leur faisant oublier qu’elle n’est qu’une politicienne comme les autres. Son seul argument valable est qu’elle n’a jamais participé aux hautes sphères du pouvoir national. Vu ce que cela donne déjà au niveau local et européen, cela ne donne pas envie d’essayer ! Marine Le Pen est également l’épouvantail idéal du « système » qu’elle pourfend. Sa principale fonction, dans le paysage politique actuel, est de justifier tous les ralliements à Macron sous prétexte de « sauver la démocratie »  et d’éviter le chaos qu’engendrerait la mise en œuvre de son programme.
-François Fillon : est arrivé à battre Sarkozy dans l’enfilage de casseroles au derrière, et ce en moins de deux mois ! La crise qu’il traverse révèle certes un « homme fort », mais aussi un grand bourgeois plein de morgue et de suffisance. Son attitude à l’égard de Philippe Poutou, lors du grand débat, est révélatrice d’un mépris de classe inacceptable.
-Jean-Luc Mélenchon : le meilleur tribun de la campagne, avec un programme cohérent (à défaut d’être réaliste, mais tel n’est pas son but). J’avais voté pour lui au 1er tour de 2012, avant de m’en détacher du fait d’une attitude déplaisante. Mélenchon s’est amélioré depuis, et il garde toute mon estime. Ce serait sans doute le seul candidat qui me ferait aller voter au second tour cette année, face à Le Pen, Macron ou Fillon. Mais je n’ai guère envie de le soutenir dès le 1er round, cette fois-ci. Car lui aussi, comme le FN, peut se voir opposer l’épreuve de la réalité du pouvoir avec l’exemple de Grenoble. Dans cette ville, une coalition Front de Gauche-Verts-dissidents socialos règne depuis les dernières municipales. Le bilan de deux ans de gestion rouge-vert, et du maire Eric Piolle (surnommé « Piolle-Pot » par ses opposants de droite) est assez lamentable : mélange d’amateurisme, de dogmatisme bien-pensant, de laxisme sécuritaire…Grenoble se dégrade à vue d’œil. Et Mélenchon de déclarer que cette cité constitue le « navire-amiral » de la « France insoumise ». Je n’ai guère envie d’accompagner la croisière jusqu’à Trafalgar !
-Benoît Hamon : le martyr de la campagne, trahi de toute part, siphonné sur sa gauche par Mélenchon. Le dernier défenseur d’un socialisme « touche pas à mon pote » repeint en vert. Il soulève certes des pistes intéressantes, avec sa  taxe sur les robots, la légalisation du cannabis ou la question d’un revenu universel (que je n’approuve pas par ailleurs). Il paraît relativement honnête et sympathique. Mais la société qu’il incarne, toute en bienveillance naïve, n’est pas –ou plus- celle à laquelle j’aspire. Et en plus, la mielleuse Najat fait partie des rares personnalités à le soutenir !
            Passons aux six « petits ».
-Nicolas Dupont-Aignan : le dernier gaulliste continue le combat, et s’en sort plutôt bien si l’on en croit les sondages. Moqué par les la classe médiatique dominante, il commence à devenir suffisamment dangereux pour que l’on se mettre, curieusement, à lui chercher des poux dans la tonsure pour sa gestion du parc HLM de sa bonne vielle de Yerres. Certes, tout n’est pas crédible non plus chez lui, même si son souverainisme me paraît plus raisonnable que celui d’un Asselineau ou d’une Le Pen. Par ailleurs, son idée d’une période de carence de cinq ans pour les étrangers installés en France, avant de prétendre à certains droits sociaux, est aussi inconstitutionnelle que discutable sur le fond. Mais c’est à lui, pour l’heure, que je veux donner une chance. Un coup de feu en l’air, ou un coup d’épée dans l’eau ? Peu importe. Je ne veux pas me laisser piéger par le vote « utile », qui profite toujours aux mêmes.
-François Asselineau : obsédé par le complot américain, dont l’UE serait l’instrument. Pas faux sur bien des points, mais une rengaine paranoïde ne fait pas un programme. Un candidat utile, toutefois…
-Jean Lassalle : la curiosité rustique de la campagne. Même habitant le Béarn, j’ai peine à le comprendre, aussi bien sur le fond que sur la forme. Mais l’homme a un côté « poète-et-paysan » tout à fait sympathique.
-Jacques Cheminade : l’éternel représentant de la branche française du mouvement semi-sectaire de l’illuminé américain Lyndon La Rouche. J’ai lu pendant un moment leur revue, et il faut reconnaître que tout n’est pas idiot, loin de là. Après tout, la conquête de Mars n’est pas plus invraisemblable que le développement durable, le plein emploi en Occident, ou la démocratie libérale dans le monde arabo-musulman.
-Philippe Poutou : seul candidat ouvrier de la campagne, et le premier à avoir osé taper Fillon et Le Pen là où ça fait mal : respect ! Dommage qu’il soit par ailleurs le porte-drapeau d’une extrême-gauche (le NPA) sans-frontiériste, communautariste et d’un « antifascisme » totalement hors sol.
-Nathalie Arthaud : le clone triste d’Arlette Laguillier, figure de proue de l’autre branche du trotskysme, la sinistre secte Lutte Ouvrière. Sa mine revêche de méchante prof me colle des frissons. Même lorsqu’elle sourit, on dirait qu’elle va mordre !
            Allez, bonne chance à tous ! A certains plus qu’à d’autres, quand même…

Vendredi 7 avril 2017

            Frappe de Trump en Syrie : the Mad Man Theory ?

Sacré Trump ! Honni par tout ce que la planète compte de « gens biens », le voilà promu tout-à-coup champion du « bon droit » et des « droits de l’homme » ! Il aura fallu pour cela 59 missiles Tomahawk balancés sur une base aérienne du vilain Bachar.
Récapitulons les faits. Il y quelques jours, une position rebelle en Syrie (les « gentils » soutenus par l’Occident et ses alliés du Golfe) est bombardée par l’aviation d’Assad. De nombreux civils sont tués, une fois de plus, mais beaucoup auraient été victimes d’armes chimiques. Horreur suprême ! Abomination ! Violation du droit international !
Les alliés d’Assad, Russes en tête, font valoir que ces armes chimiques étaient peut-être en dépôt chez les rebelles, et que le bombardement les aurait justement activées. De fait, il y a des dépôts de ce genre partout dans le pays…Et les rebelles s’en sont déjà servis. Mais non, voyons, pas possible ! Le méchant, c’est Assad, forcément lui.
Donald Trump a, paraît-il, été traumatisé par les images d’enfants gazés diffusées par les rebelles. Il n’en aurait pas dormi de la nuit. On croyait avoir affaire à un crotale, un fauve en rut, un abruti fini…Mais non, Oncle Donald n’est que tendresse et passion pour les faibles et les innocents ! Son sang ne fait qu’un tour, et sans attendre l’accord de l’ONU, le shérif ose faire ce que certains attendaient avec ferveur : frapper Bachar.
Et de se faire applaudir par Hollande, Macron, les gouvernements britannique, turc, saoudien, israélien…Encore, encore !
Evidemment, des doutes surgissent. Le shérif a pris quand même la précaution de prévenir les Russes, afin qu’ils évacuent le site visé (ce qui a permis de mettre à l’abri pas mal de monde au dernier moment). 59 missiles à 800 000 dollars l’unité en moyenne, cela fait plus de 47 millions de dollars le raid, rien que pour les missiles, pour des dégâts apparemment minimes : six morts, quelques vieux zincs bouzillés et des dépôts de carburant…Rien qui puisse paralyser l’armée de Bachar.
Ce matin sur France Info, l’expert de service a rappelé la « Mad Man Theory » formulée par Henry Kissinger au début des années 1970. En gros, il s’agit de faire croire que le Président du pays que vous servez (à l’époque, Nixon) est un type instable, limite incontrôlable, et qu’il vaut mieux ne pas le contrarier. Sauf que Nixon, tout alcoolique et tricheur qu’il était, n’était pas un crétin, et qu’on lui doit les plus beaux succès diplomatiques américains de l’époque (désengagement du Vietnam, accords de limitation des armements stratégiques avec l’URSS, rapprochement avec Pékin…)
Est-on ici dans le même cas de figure ? Où est l’intérêt des Etats-Unis, dans ce geste inconsidéré qui fout en l’air le délicat travail de rapprochement entre Washington, Moscou et Téhéran, dans la lutte contre le djihadisme sunnite ? Des grincheux voient là-dedans une magnifique diversion, destinée à faire remonter la cote de popularité d’un président qui essuie les échecs depuis son investiture (fort heureusement d’ailleurs, notamment pour l’Obamacare). Et un appel du pied aux partenaires en affaires que sont les régimes de Riyadh ou d’Ankara.

Un beau gâchis en tout cas. Thank you, Mad Man !

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