jeudi 30 juin 2016
Référendums : le bal des
mauvais perdants.
Les
consultations démocratiques, il n’y a pas mieux si l’on gagne à la fin. Si l’on
perd, bien entendu, cela ne vaut plus rien. Les référendums britanniques et
celui de la Loire-Atlantique (sur le nouvel aéroport de Notre-Dame des Landes)
confirment la règle bien connue des mauvais perdants.
Voyons d’abord
chez nos voisins d’Outre-Manche : les partisans du « remain » ne
cessent de manifester, de pétitionner, accusant leurs adversaires d’avoir
menti, de ne pas avoir de vrai programme pour la suite, etc… En France, ce sont
les adversaires de l’aéroport qui ne digèrent pas leur défaite, le « oui »
l’ayant emporté avec 55% des voix. Ici, les objections sont tout aussi
nombreuses : la question était mal posée, le territoire consulté était
trop réduit (ou trop large, c’est selon), et puis de toute façon, hein, les
zadistes ne partiront pas, na, parce que Valls il a dit qu’il allait les faire
évacuer quel que soit le résultat !
Dans les deux
cas, il se trouve aussi des critiques portant sur les chiffres eux-mêmes :
51,9% pour le Brexit, ce n’est pas une majorité écrasante, on ne peut donc pas
ignorer l’avis du reste du pays sur un sujet aussi grave. 55% en faveur de l’aéroport,
avec une abstention de 49%, cela ne veut rien dire…
Les règles
démocratiques montrent ici toutes leurs limites dans des sociétés fragmentées
comme les nôtres, en groupes socio-économiques et culturels de plus en plus
étanches. Urbains contre ruraux, classes moyennes supérieures contre classes
populaires, « indigènes » contre « allogènes », etc…Cela n’est
guère rassurant.
Comment
le Brexit pourrait bien ne pas se faire.
Voici, selon moi,
le scénario le plus probable, que nos élites dirigeantes doivent certainement
cogiter, tout en nous répétant comme un mantra « qu’il faut respecter le
vote du peuple britannique ». Ils nous avaient déjà fait le coup après
2005, alors pourquoi ne pas recommencer ?
D’abord, jurer
ses grands dieux que l’on va relancer « une autre Europe », plus à l’écoute
des peuples. Cela sera prétexte à de nombreux sommets où l’on se gargarisera de
discours et de vœux pieux, tout en se tapant la cloche aux frais du
contribuable. Pendant ce temps-là, laisser mijoter les Britanniques dans leurs
doutes et incertitudes, d’autant que la classe politique du Royaume-Uni est
largement favorable au maintien dans l’UE. Attendre gentiment les prochaines
législatives dans ce pays, dont le principal thème de campagne sera bien
entendu la remise en cause du Brexit. Comme par hasard, on verra des
opportunistes grossiers de la trempe de Boris Johnson tourner à nouveau
casaque, et soutenir les thèses inverses à celles défendues par lui en juin
(qui étaient elles-mêmes opposées à ce qu’il racontait il y a un an). De fait,
le seul parti qui restera sur ses positions sera le UKIP de Nigel Farage, qui n’a
quasiment aucune chance d’obtenir la majorité absolue à lui seul –et ne le
souhaite sans doute pas, tant il semble embarrassé par le résultat du
référendum. Faites le calcul : la Chambre restera aux mains des
européistes, qu’ils soient travaillistes ou conservateurs. Elle ne pourra que
saboter le Brexit en le vidant de sa substance, ou en l’annulant purement et
simplement. Les lois fondamentales britanniques ne contraignent nullement l’exécutif
à appliquer les résultats d’un référendum. Il suffit donc au gouvernement de
retarder au maximum l’activation de l’article 50 (la procédure de divorce),
puis, appuyé sur une nouvelle majorité allant dans ce sens, de faire comme si « le
séisme du 23 juin » n’avait jamais eu lieu.
Et
pendant ce temps-là, la loi Travail…
…est fortement
durcie par le Sénat, il est vrai repassé à droite, pour revenir vers l’Assemblée
nationale. Valls menace à nouveau de recourir au 49.3 si les frondeurs lui
cassent les pieds, tandis qu’une énième consultation des syndicats, totalement
inutile vu que le gouvernement ne veut rien céder sur l’article 2 de la loi,
cherche à donner le change. Les manifs et les grèves se succèdent, avec de
moins en moins de succès au rythme des victoires des Bleus et de l’approche des
vacances. Seuls les casseurs ne désarment pas, s’en prenant, hors des cortèges
aux permanences du PS, de la CFDT et même au siège de la CGT. Si ces gaillards
étaient issus de l’extrême-droite, on verrait toute la bonne presse s’indigner
devant le « retour du fascisme ». Mais il sera tout pardonné aux
gauchistes radicaux, forcément animés d’un noble idéal, et si utiles à l’ordre
capitaliste dominant.
Le
CETA, cheval de Troie du TAFTA.
Les Américains
et leurs affidés du monde des affaires sont des petits malins. Pendant que l’on
débattait et hurlait contre le TAFTA, traité de libre-échange transatlantique
concernant les Etats-Unis et l’UE, au point que nos dirigeants ont retrouvé un
semblant de dignité pour le déclarer « inacceptable en l’état », se
mijotait –et s’achève- la procédure d’adoption du CETA. Le CETA, c’est la même chose que le
TAFTA : la domination des Etats par les firmes transnationales, l’adoption
des normes les moins exigeantes, la mise en place d’un tribunal arbitral aux
ordres des milieux d’affaires pour sanctionner les entraves au « libre
commerce »…Mais cela ne concerne que le Canada. Ouf ! Sauf que le
Canada est membre de l’ALENA, l’association de libre échange nord-américaine,
et que ce pays abrite sur son sol 40 000 entreprises états-uniennes qui se
feront une joie d’exploiter la brèche ouverte.
Chiche,
messieurs Valls et Hollande, que vous allez partir en guerre contre cette
vilénie !
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