vendredi 10 juin 2016

Après le pain, les jeux, et les gros sabots de Sarko

vendredi 10 juin 2016

            Après le pain, les jeux…

La « grande fête du football » n’a pas encore commencé que j’en suis déjà écoeuré. Le matraquage que  nous subissons sur toutes les ondes, les affiches, les pubs, internet, fait ressembler la France à un succédané de Corée du Nord version libérale.
« Tous derrière les Bleus ! », « Tous fous de foot ! »
Arrêtez de gâcher la fête, vilains grévistes, le Monde entier nous regarde…
La lecture d’un article du Canard (08/06/2016) fait pourtant froid dans le dos. Consacré aux coulisses économiques du Grand Evènement, il révèle à quel point cette « grande fête populaire » n’est qu’une énorme machinerie commerciale, qui rapportera des millions aux grandes entreprises privées (BTP, sponsors, sociétés de sécurité…) et à ce syndic de millionnaires qu’est l’UEFA. C’est cette même UEFA qui a exigé les fameuses « fan zones », afin de parquer les supporters fauchés dans des enclos entourés de buvettes, de baraques à frites et de boutiques d’accessoires dûment labellisés. Les stades étant déjà remplis, il eût été dommage de laisser tous ces pauvres gens faire « la fête » en famille, où chez des cafetiers indépendants. Les « fans zones », ce sont d’immenses « feed lot » pour beaufs…
Et ne parlons pas de ces stades construits ou rénovés par de coûteux partenariats publics-privés (tu payes rien maintenant, mais tu douilleras un max sur trente ans), aux noms aussi poétiques que « Matmut-Atlantique » pour celui de Bordeaux, par exemple…
J’ai déjà eu l’occasion de dire en 2010 tout le bien que je pensais d’un sport devenu haïssable à la fois par ceux qui le pratiquent à haut niveau, et ceux qui ont la tâche de le gérer. L’Euro 2016 est mal parti pour changer la donne, n’en déplaise au gouvernement, qui, après avoir lâché un peu de pain au bon peuple, lui donne des jeux en espérant le calmer d’ici aux vacances (et au Tour de France !).

            Sarko et ses gros sabots.

Toujours non déclaré officiellement, Sarkozy semble passer le braquet supérieur en lançant une série de meetings et d’interventions médiatiques (notamment hier sur Europe1, où il a eu les honneurs de la maison, comme au bon vieux temps…). Il voulait attendre au maximum, mais les pressions judiciaires liées à l’affaire libyenne l’obligent à sortir du bois et allumer des contrefeux. Ses concurrents de la Primaire ayant fait assaut de libéralisme, jusqu’à en écoeurer celui qui en fut le héraut à droite, Alain Madelin (lequel a comparé Fillon à un « Robin des bois à l’envers », qui vole aux pauvres pour donner aux riches), le Nabot nous ressort le vieux coup de l’identité nationale. Déjà vu en 2009-2010, ressorti en 2012…voilà du neuf. Marine Le Pen ne s’y est pas trompée, en évoquant un Sarko-barbapapa, qui prend toutes les formes que l’on veut pour plaire aux électeurs visés.

En 2012, certains commentateurs avaient mis en avant les nombreuses similitudes entre Hollande et Sarkozy : parcours personnels, vie privée, cursus politique…sans oublier la plasticité des opinions. En 2007, Sarkozy avait battu tous les records de contorsion, cherchant références et voix de la gauche à l’extrême-droite (Jaurès, Blum, Kärcher…). En 2012, Hollande se voulait ennemi de la finance. En 2016-17, Barbasarko revient en gardien de la nation française et chrétienne face aux vilaines communautés (qu’il flattait éhontément lorsqu’il était Ministre de l’Intérieur). Hollande, je vous le donne en mille, va nous faire le coup du rempart républicain et de la protection des acquis sociaux. Quels talents ! Dommage que la pièce sente à ce point le réchauffé.

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