mardi
27 octobre 2015
A quoi rime cet « hommage
républicain » ?
François Hollande en personne s’est fendu d’un beau
discours en hommage aux 43 victimes de l’accident d’autocar qui a eu lieu en
Gironde. Notre Président aime les hommages, les commémorations et autres
cérémonies où l’on peut geindre en chœur, histoire d’oublier les autres
malheurs du présent. Il se fait alors le chef de chœur des pleureuses, dans un
rôle qui lui sied à merveille, celui du pleurnichard mollasson et impuissant.
Dans cette affaire, en effet, c’est la faute à pas de
chance : un camion mal placé dans un virage, au mauvais endroit et au
mauvais moment. Un accident de la route, comme il peut y en avoir de milliers
chaque année en France. Certes, le nombre des victimes est énorme, et le choc
terrible pour la commune dont elles étaient originaires. Le battage médiatique,
outrancier comme souvent, fut à la hauteur de l’émotion ressentie. De quoi effectivement
faire se déplacer nos dirigeants, prompts à « constater » et gémir
sur place après chaque catastrophe. Et pourquoi pas proclamer un jour de deuil
national ?
Mais non, Flanby a trouvé mieux : un « hommage
républicain » ! Que diable la République est-elle venue faire dans
cet autocar ? Les victimes étaient toutes des retraités sans histoire
ayant prévu une escapade dans les Pyrénées-Atlantiques, notamment pour déguster
et acheter du jambon cru. J’ai beau chercher le lien avec la République, je ne
vois pas…Pas davantage le moindre aspect politique. Mais heureusement, Hollande
est venu éclairer notre lanterne par son discours. La mort de ces pauvres gens
représente, paraît-il, une « perte pour notre patrimoine ». A leur
place, si je pouvais m’exprimer, je répliquerais :
« Patrimoine, patrimoine, est-ce que j’ai une
gueule de patrimoine ? »
Hollande nous ressort sous une autre forme le dicton
africain déjà repris par Mitterrand et Chirac : « Un vieillard qui
disparaît, c’est une bibliothèque qui brûle. » En l’occurrence, c’est
plutôt l’inverse, les victimes ayant été carbonisées.
Autre hypothèse pouvant expliquer cette emphase « républicaine » :
un bus qui crame, ça fait mauvais genre au moment où Macron libéralise le transport
par autocar. Il y a donc urgence républicaine (ou plutôt politicienne) à se
montrer sur le terrain, surtout lorsque se pointe à l’horizon les élections
régionales. C’est le moment où jamais pour nos dirigeants de montrer au bon
peuple des provinces à quel point ils sont proches de lui. A mettre dans le
même sac à démagogies coûteuses que ces conseils des Ministres décentralisés
(chez les ruraux, dans les banlieues difficiles, mais pas dans les zones
industrielles : trop de risques de se faire rembarrer par des
syndicalistes mécontents)
Explication plus crédible à mon avis quant au choix
de cet adjectif « républicain » : il remplace (fort mal, mais
tant pis), le mot « national », que nos élites gaucho-libérales ont
en horreur et abandonnent, quoiqu’elles en disent, au Front du même nom. La
Nation est suspecte, elle sent le moisi, voire le nazi. Alors vive la
République, belle, généreuse et solidaire ! Ce mot-là, comme bien d’autres,
n’a pourtant pas d’autre sens que celui que lui donne le dictionnaire :
Régime politique
dans lequel le pouvoir est partagé et où la fonction de chef de l’Etat n’est
pas héréditaire.
(Larousse 2005)
La République n’est donc pas une « vache sacrée »,
et ne prend de valeur qu’en fonction des nations qui l’ont choisie comme
système politique, et surtout des dirigeants qui entendent l’incarner. De ce
point de vue-là, aujourd’hui, il y a effectivement de quoi pleurer.
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