mercredi 5 mars 2014

Copé, Buisson, la FCPE et Elkabbach.



mercredi 5 mars 2014

            Copé grillé.

Pris au piège, comme d’autres politicards avant lui, dans une sombre magouille (la surfacturation de prestations à une agence de com’ « amie », aux frais de son parti), l’ineffable Jean-François Copé a réagi comme un pied. Face aux révélations du Point, notre « bébé Sarko » a voulu contre-attaquer en proposant que les partis publient leurs comptes (il y a une loi pour ça depuis 1988 !), et que les grands groupes médiatiques en fassent autant (ce qu’ils font plus ou moins). Mais Copé ne serait pas Copé sans enflure verbale : « chasse à l’homme », « calomnie », tout y passe mais rien ne convainc, y compris dans les rangs de l’UMP. Plus drôle encore, « Jef » a réussi l’exploit de fâcher le Figaro, organe central de la droite, dont le directeur-adjoint, Yves Thréard n’a pas de mots trop sévères envers lui. Voilà qui attriste à coup sûr les Fillonistes !

            Buisson ardent.

Qu’est-ce qui peut bien se cacher derrière ces fuites orchestrées par Patrick Buisson, ex-âme damnée de Sarkozy ? Les bouts de « conversations secrètes », enregistrées à l’insu de l’ex-président et de ses proches, récemment publiés par le site Atlantico (droite libérale) et le Canard enchaîné (« libertaire » à l’ancienne), relèvent plus pour l’instant de la violation de vie privée que du scandale d’Etat. Mais quid des autres enregistrements ?
Tout cela pue le chantage médiocre de la part d’un individu douteux, qui met la pression sur ses « victimes » en donnant ainsi un avant-goût des dégâts qu’il pourrait commettre en en lâchant davantage. N’ayant pas été pris au sérieux lors de précédentes tractations restées secrètes, il aurait passé la vitesse supérieure avec ce coup de semonce. A moins qu’il ne s’agisse d’une simple mise en bouche, avant publication d’un bouquin dégorgeant de révélations plus ou moins accablantes. Ce Buisson appartient au genre épineux. Fallait pas t’y frotter, Nicolas !

            La FCPE n’en rate pas une.

La plus grande –mais pas la plus représentative pour autant- des fédérations de parents d’élèves a une explication toute trouvée à ces « soirées cartables » à la mode depuis quelque temps chez nos lycéens, et qui viennent de faire une première victime en Bretagne.
Pour les béotiens, une « soirée cartable » est une soirée biture de grande ampleur, organisée par certains lycéens à la veille des vacances, pour fêter la fin des cours. On se bourre la gueule le plus vite possible, et parfois, évidemment, ça finit mal. A qui la faute ?
Pour la FCPE, c’est tout vu : le système éducatif français. Ce matin sur France Info, le dernier mot (sans la moindre contradiction) du reportage consacré à cette affaire était laissé au leader de la FCPE, lequel s’est épanché dans une longue diatribe contre l’Ecole qui, de la maternelle au lycée, fait vivre nos enfants dans un effroyable climat de tension, de compétitivité, de peur de l’échec. Voilà pourquoi nos chères têtes blondes se réfugient dans l’alcool et autres drogues ! L’Ecole tue nos enfants !
Il faudra, M. FCPE (peu importe le nom, l’idéologie et le discours sont les mêmes depuis trente ans), que vous m’expliquiez pourquoi, avant les grandes réformes des années 70, à l’époque où régnaient à l’Ecole une « tension » et une sélection autrement plus lourdes qu’aujourd’hui, les lycéens ne se transformaient pas en ivrognes à l’approche des vacances et ne remplissaient pas les pages « faits divers » des journaux.
Il y a bien d’autres facteurs explicatifs à ce phénomène, qui s’apparente à toutes ces conduites à risques en pleine expansion depuis les années 1980, lesquelles ne concernent pas que la France, loin s’en faut. Crise de civilisation, inquiétude pour l’avenir, recherche de sensations fortes en l’absence de vrais rites de passage, etc…Mais c’était trop demander à France Info que d’évoquer ces autres pistes. Avec la FCPE, on a réponse à tout, et c’est bien pratique.

            Elkabbach, le « faux dur ».

Jean-Pierre Elkabbach est paraît-il fâché avec son collègue et concurrent Jean-Jacques Bourdin, qui lui dispute (avec Jean-Michel Aphatie et accessoirement Guillaume Durand) le créneau des « journalistes teigneux » (du moins à la radio). Querelle de star sans intérêt, et surtout sans fondement, car l’agressivité de nos « cogneurs » est toute relative, comme je l’évoquais dans un précédent article.
J’en ai eu cette semaine la plus éclatante démonstration.
Lundi, Elkabbach malmenait la pauvre Marisol Touraine à propos du décès d’une patiente aux urgences d’un hôpital parisien, avec une telle mauvaise foi et une telle méchanceté qu’à la place de la Ministre, je lui aurais enfoncé mon micro dans la gueule. Ou ailleurs…
Mardi, changement de ton. Le Procureur des Ondes interroge l’ex-chancelier allemand Gehrard Schröder. Dès les premiers échanges, le Fouquier-Tinville d’Europe 1 et le fossoyeur du modèle social rhénan font assaut d’amitié, avouant des relations aussi anciennes que chaleureuses. Puis notre Vichynski national entreprend son invité sur trois sujets : la crise russo-ukrainienne ; les réformes libérales de Hollande ; les élections européennes.
Sur le 1er thème, j’attendais la question qui tue, inévitable de la part d’un interviouveur « sans concession » : « M. Schröder (ou mon pote Gehrard), est-ce que par hasard le fait que vous soyez salarié de l’entreprise nationale russe Gazprom n’aurait pas quelque chose à voir avec votre grande modération, pour ne pas dire votre complaisance, envers Vladimir Poutine ? »
Ben non. Le Grand Inquisiteur va laisser dégoiser son copain, presque sans l’interrompre, et encore moins le contredire, sur l’idée d’un nécessaire dialogue, la nécessité de comprendre tous les points de vue, etc…Ceci dit, personnellement, je suis d’accord sur le fond, mais quelle déception quant au « droit de suite » revendiqué par notre cogneur de politiciens !
La suite, de fait, fut encore plus lamentable. Je résume, en caricaturant un peu (mais si peu) :
« Croyez-vous, M. Schröder, que nous serons capables, en France, de faire aussi bien que vous, qui avez montré la voie ? »
« Que faire, en vue des prochaines élections, pour détourner les électeurs européens de l’horrible vote populiste ? »
La fin du show atteignit des sommets : à une citation d’un auteur allemand lancée par l’ex-chancelier, Elkabbach saisit l’occasion d’étaler sa culture pour les ignares que nous sommes : « Ah, oui, une belle phrase d’Hermann Hesse ! » Quel bel exemple d’intégration au sein de la nouvelle élite européenne, des gens de bien qui pensent à notre place et s’érigent en censeurs des peuples imbéciles. Toujours du côté du manche, Elkabbach, comme au bon vieux temps où il asticotait Marchais dans les petites lucarnes giscardiennes.

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