dimanche 2 février 2014
C'est en tant qu'enseignant de terrain (et non en pédagogue en chambre) que je tiens à répondre à M. Barma ("les parents d'élèves méritent d'être écoutés", courrier des lecteurs, Marianne n°876).
L'orientation ne
tient, selon lui "qu'au seul corps enseignant", notamment les profs
de français, maths et langues, dont les "oukazes" (sic!) font et
défont la vie future des malheureux enfants livrés à leur toute puissance. Dans
les faits, et je l'ai constaté à maintes reprises, les décisions des conseils
de classe sont souvent contournées ou cassées dans le dos de ces profs
"tout puissants": les parents les plus entreprenants obtiennent
souvent, après une bonne séance de pleurnicherie ou de menaces dans le bureau
du principal ou du proviseur, le passage du chérubin dans la classe souhaitée.
M. Barma semble oublier certaines choses comme la lutte officielle contre le
redoublement, la commission d'appel pour ceux qui contestent la décision
d'orientation du conseil en fin de 2de, le passage automatique de la 1ere à la
terminale. Il faut vraiment avoir un niveau catastrophique, ou se montrer
totalement "a-scolaire", pour ne pas aller à peu près là où on le
souhaite. La "fronde" dont parle M. Barma, je la constate chaque
année...Avec à la clé de nombreux parcours gâchés d'élèves en souffrance dans
des filières où ils n'ont pas leur place.
"Les
enseignants ont-ils transmis les connaissances" nécessaires ? Force est de
constater, surtout au collège, mais également au lycée, que bon nombre d'élèves
ont un niveau de plus en plus faible, notamment en français, maths et langues.
Les évaluations PISA en attestent. Mais le passage automatique, le
non-redoublement, les classes hétérogènes et agitées, la dévalorisation du
savoir et du corps enseignant, dont les avis sont de plus en plus ignorés, font
partie des nombreux facteurs explicatifs de cette situation. En quoi permettre
à n'importe qui de faire n'importe quoi arrangera-t-il les choses ? En réalité,
laisser le dernier mot aux parents en fin de 3e est une façon pour
l'administration d'en finir -assez lâchement d'ailleurs- avec l'hypocrisie
ambiante, et de renvoyer aux seuls élèves et à leur famille la responsabilité
de leur futur échec. Et de tuer définitivement le faible crédit que l'on
accordait encore aux profs.
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