jeudi 27 février 2014
Ukraine : et maintenant, qu’est-ce
qu’on fait ?
Cela fait six
jours que le vilain Ianoukovitch est en fuite chez ses amis russes, et c’est,
comme il fallait s’y attendre, un beau bordel dans l’ex-grenier à blé de la
défunte Union soviétique. L’ancienne opposition, maintenant au pouvoir, a
choisi un type un peu plus présentable que le boxeur Klistchko pour diriger son
gouvernement par intérim : un certain Arseni Iatseniouk. A voir la mine peu
enthousiaste du bonhomme, sur la photo du site du Monde.fr, on comprend que le nouveau Premier ministre ukrainien
possède au moins une qualité indispensable à sa fonction : la lucidité.
Car le tableau n’est
pas réjouissant. Toute la partie sud-est du pays est en ébullition depuis la
chute de Ianoukovitch. En Crimée, des militants pro-russes ont hissé le drapeau
de Moscou sur le toit du parlement local, tandis que des échauffourées
éclataient entre d’autres pro-russes et des Tatars hostiles à l’idée d’un
rattachement à cette Russie qui leur a fait tant de mal autrefois. Poutine ne
voudra jamais lâcher ses bases navales de Sébastopol et d’Odessa, et tient le
sort économique de l’Ukraine entre ses mains, par le gaz et les milliards de
dollars d’aide dont ce pays a cruellement besoin…Sans même parler d’envoyer les
chars. Sauf si le nouveau pouvoir de Kiev fait la connerie de s’en prendre
violemment aux régions en révolte.
Dans cette
affaire tragique, tout le monde a ses raisons. Mais il appartient aux
Européens, et notamment aux Français, de garder la tête froide. Nous n’avons
absolument pas les moyens, ni militaires, ni économiques, de nous opposer à
Moscou. Poutine est ce qu’il est, mais il a une immense qualité…c’est un
pragmatique, qui sait jouer aux échecs et préserver les intérêts de la Grande
Russie, qu’il a remise sur les rails après dix ans de décadence eltsinienne.
Contrairement à
nos dirigeants, totalement empêtrés dans leurs contradictions et leurs préjugés
bien-pensants, Poutine a une vue d’ensemble de la situation mondiale, qui voit
le retour du grand jeu diplomatique d’avant la guerre de 1914, où le
libre-échange –relatif- n’empêchait nullement le déploiement des ambitions
impériales et nationales.
Tout cela, nos
politiciens européens ne veulent pas le voir, tant ils croient encore en un
monde « wilsonien » auxquels les Américains eux-mêmes sont en train
de renoncer. Mais je ne ferai pas crédit à ces mêmes « responsables »
d’une excessive naïveté. Les a-t-on vus faire preuve d’un courage quelconque
depuis la fin de la guerre froide ?
Le
boulet vert du gouvernement.
Après la manif
quelque peu mouvementée de Nantes, contre le projet de l’aéroport de Notre-Dame
des Landes, Cécile Duflot s’est encore illustrée en déclarant son soutien
fervent à ceux-là mêmes qui conspuent le grand projet de Jean-Marc Ayrault. Le
même Ayrault s’est bien gardé de la foutre dehors, tant le PS semble ligoté par
ses minuscules alliés, dont il pense avoir besoin pour les prochaines
municipales. Tout vient de la tragique erreur d’appréciation de Martine Aubry,
qui avait fort mal interprété le score en apparence faramineux (mais en réalité
gonflé par l’abstention) d’EELV lors des dernières européennes. Mais aussi de l’orientation
idéologique actuelle du PS, qui renoncé aux classes populaires, abandonnées au
FN, pour faire des bobos urbains son cœur de cible électoral. La grenouille
verte a fait croire au bœuf social-démocrate qu’elle était aussi grosse que
lui. Ce n’était que du vent, mais elle est bien partie pour l’entraîner au fond
de l’étang.
Les
journalistes enfin courageux ?
Depuis quelque
temps, une certaine presse se réjouit de voir enfin quelques journalistes
politiques (radio-télé) retrouver un peu de mordant. Trois noms reviennent en
boucle : Jean-Jacques Bourdin (RMC), Jean-Michel Aphatie (RTL), et
Jean-Pierre Elkabbach (Europe1).
J’ai
suffisamment critiqué la veulerie de beaucoup de présentateurs et d’interviouveurs
pour ne pas, a priori, me féliciter de cette apparente américanisation des mœurs
journalistiques. Enfin un peu de punch ! Vive le droit de suite dans les
interviews : tant que tu n’as pas répondu à ma question, je ne te lâche
pas…pas de langue de bois avec moi, non mais !
Et pourtant, un
doute me vient soudain. Ces gaillards étaient-ils aussi offensifs sous le règne
de Sarko ? Aurait-on vu Elkabbach harceler Fillon à la radio, à la limite
de l’impolitesse, comme il l’a fait il y a deux semaines avec Jean-Marc Ayrault ?
Les a-t-on vus aussi agressifs avec les représentants du vrai pouvoir, celui de
la finance et des grandes entreprises ? Ou encore envers les leaders des
divers mouvements communautaristes ?
S’en prendre à
une classe politique largement discréditée est le nouveau jeu de massacre à la
mode. Pas de courage là-dedans, juste une surenchère dans la course à l’audience.
Les vrais journalistes courageux, chez nous, travaillent dans l’ombre…ou sont
impitoyablement placardisés. Un peu comme au bon vieux temps de l’ORTF, sauf
que les patrons ne sont plus les mêmes.
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