lundi 1 juillet 2013

"Nouveau Marianne" : faire du neuf avec du vieux.

lundi 1er juillet 2013

            Faire du neuf avec du vieux.

L’expression bien connue s’applique parfaitement au « nouveau Marianne ». Le week-end dernier, un numéro transitionnel à un euro (qui ne valait guère plus au vu de son contenu) nous annonçait un formidable « big bang ». Marianne allait chambouler le monde de la presse magazine, comme elle le fit lors de sa création, se réclamant de ses grands aînés, l’Express ou France Observateur, à l’époque où ces hebdos ne servaient pas encore la soupe au grand capital boboïsant. Un hebdo engagé, « acteur politique » et tout et tout, qui éviterait les écueils du politiquement correct. Là, j’ai tiqué une première fois : hé, les gars, mais c’était déjà ce que faisiez jusqu’ici, et plutôt bien ! Vous radotez, ou quoi ?
J’ai tiqué une deuxième fois, plus violemment encore, lorsque j’ai lu l’autre intention affichée par l’équipe du nouveau Marianne : faire un journal des « bonnes nouvelles », pour ne pas céder à la sinistrose ambiante. Damnation ! Esprits de Marcel Dassault et de Jours de France, sortez de ce magazine ! Pas ça, pas vous ! Là, je me suis posé des questions : mon hebdo favori serait-il tombé entre les mains d’actionnaires douteux ? Une couche de pseudo rébellion citoyenne pour enrober un bonbon sirupeux fourré à la pub…je craignais donc le pire, prêt à annuler mon abonnement.
Et puis, ouf ! Le « nouveau Marianne » en main, me voilà rassuré : en fait, pas grand-chose de neuf, sinon une mise en page qui me rappelle furieusement celle du Marianne des débuts, plus percutante et plus colorée, et que je regrettais après sa disparition au profit d’un autre « nouveau Marianne » un peu tristounet. Le contenu reste fidèle à l’esprit du journal, avec en prime un magnifique édito de Jacques Julliard  sur l’état de notre pays, auquel je ne changerais pas une ligne, et une passionnante discussion entre Frédéric Lordon et Emmanuel Todd sur l’état de l’Europe –ou l’Europe des Etats ?- à l’orientation opposée au discours plus convenu mais toujours intelligent d’Elie Barnavi.
En somme, Marianne fait du neuf avec du vieux, et c’est tant mieux. Mais cela valait-il tout ce tremblement médiatique ? L’appel à faire circuler le numéro de transition, présenté comme un texte quasi-révolutionnaire, les grandes proclamations d’intention, tout cela a finalement un arrière-goût de grosse opération promotionnelle, et un léger parfum d’arnaque. Dommage.

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