vendredi 3 août 2012

Lincoln et Batman, même combat ?


vendredi 3 août 2012

            Rions un peu malgré l’actu…

Disons-le, cet été n’est pas joyeux. Météo médiocre, licenciements en cascade, guerre civile en Syrie, barbarie au Mali, c’est l’horreur ! Même aller au cinoche pour oublier tout ça peut être dangereux, surtout aux Etats-Unis, patrie des sérials flingueurs. J’ai néanmoins pris ce risque démentiel il y a quelques jours, pour la sortie du 3e opus de Batman, celui-là même qui servit de prétexte à Holmes pour commettre la tuerie d’Aurora. Passons rapidement sur le film lui-même, qui fait l’objet de l’articulet suivant…le plus drôle était dans l’une des bandes annonce précédent l’œuvre de Christopher Nolan. Mon frère m’en avait déjà touché un mot, mais il fallait le voir pour le croire : le 8 août sort un film intitulé Abraham Lincoln, chasseur de vampires, réalisé par un Kazakh émigré à Hollywood. Gros moyens, baston féroce avec moult cavalcades au plafond et sur les murs (c’est la mode depuis Tigre et Dragon). Le spectateur abasourdi y apprend que dans sa jeunesse folle, l’illustre futur président des Etats-Unis avait entrepris de nettoyer son pays des buveurs de sang ! On supposera qu’après avoir accompli cette tâche titanesque, le Vieux Abe a décidé de s’occuper en se lançant en politique. « Histoire de me marrer un peu, maintenant, je vais abolir l’esclavage ! »
Tout prof d’Histoire peut désormais trembler…lorsque l’on demandera plus tard aux jeunes gens ce qui a rendu célèbre Abraham Lincoln, faudra pas s’étonner de la réponse. Mais Timur Bekmambetov (c’est l’auteur du chef-d’œuvre précité) nous ouvre la voie. A tous ces réalisateurs en panne d’inspiration, un nouveau filon se présente : l’Histoire revisitée par le grotesque. Quelques idées en vrac :
-Charles de Gaulle, tueur de zombies.
-John Fitzgerald Kennedy, empaleur de sorcières.
-Winston Churchill, dresseur de loups-garous.
-Nelson Mandela contre les Hommes-Léopards.
-Adolf Hitler, l’ami des animaux. Oups, ça c’était vrai par contre !
            Michelet disait qu’on pouvait violer l’Histoire, à condition de lui faire de beaux enfants. Ici, gare aux monstres et aux avortons !

            Batman, un film réactionnaire ?

C’est la thèse de Télérama, qui reproche au 3e opus de la trilogie de Christopher Nolan de présenter de manière trop sombre les mouvements révolutionnaires. De fait, l’auteur ne nie pas le message politique de son film, et a déclaré s’être inspiré des révolutions française et bolchevique pour certains passages –en particulier celui du « tribunal du peuple ». C’est sans doute vrai, et alors ? Personnellement, si j’exècre la dictature de l’argent, je me méfie comme de la peste des mouvements de « populace », manipulables par tous les démagogues, où l’on trouve en général le pire de l’être humain, un animal particulièrement odieux lorsqu’il se déchaîne en foule. Cela, Nolan l’a fort bien montré. Beaucoup plus contestable en revanche –et c’est ce que je reproche le plus à ce film par ailleurs remarquable- est la scène de la charge finale de la police de Gotham City. Après trois mois de réclusion dans les souterrains de la ville, les flics repartent à l’attaque dans des uniformes impeccables, armés de leurs petits pistolets et de leurs matraques. Formés en cortège dans une rue de Gotham, ils foncent sur les méchants surarmés et leur flanquent la pile, à peine aidés par l’Homme-Chauve souris. C’est absolument grotesque. On sent ici que Nolan s’est autocensuré pour complaire aux bonnes âmes états-uniennes : pas question de montrer une police trop veule ou inefficace, force doit rester à la loi ! Réac, je veux bien, mais invraisemblable et gnangnan, c’est moins pardonnable.

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