dimanche 8 mai 2011

Malaise dans le foot, malaise de la Nation

dimanche 8 mai 2011

            Malaise dans le foot français : à qui la faute ?

Si Ben Laden n’avait pas été descendu, nos médias ne parleraient que de ça. Les fuites du comité technique national de football diffusées par Mediapart  font du bruit. Faut-il des quotas de joueurs noirs ? Ou arabes ? Les noirs ne jouent-ils qu’avec leurs pieds ? Voire comme des pieds ? Laurent Blanc est-il raciste ? D’ailleurs, avec un nom pareil, hein…
Chantal Jouanno et les bonnes âmes poussent des cris d’orfraie, et le CTN menace de poursuivre l’auteur des fuites tout en protestant de sa pureté morale : les propos ont été extraits de leur contexte, etc…Certains commentateurs vont un peu plus loin dans l’analyse d’une affaire révélatrice selon eux des maux de toute une société, mais s’arrêtent aux banalités politiquement correctes : les dirigeants du foot, peu « représentatifs de la diversité et des quartiers » (en clair, pas assez de blacks et de beurs venus de cités craignos), ne seraient que de gros beaufs racistes, comme la plupart des Français à la pigmentation déficiente.
Lilian Thuram, homme intelligent s’il en est, monte au créneau dans son rôle de gardien du temple moral et de la mémoire du triomphe black/blanc/beur de 1998. J’aime bien Thuram, qui plane intellectuellement bien au-dessus de crétins comme Ribéry, Anelka et autres grosses taches qui nous ont fait honte en Afrique du Sud l’année dernière. Mais il serait plus crédible sans cette fâcheuse révélation sur ce qui s’est passé dans les vestiaires du Stade de France après cette fameuse victoire : à ses équipiers de couleur, il aurait proposé de poser ensemble sur la même photo, « entre blacks ». Rien de méchant, pensez-vous ? Imaginez Laurent Blanc ou Guivarc’h proposant une photo « for Whites only » ! Et puis, à cette époque, malgré mon enthousiasme (pas pour le foot, mais pour la victoire de mon pays), je n’avais pu m’empêcher d’être mal à l’aise  en voyant les Champs-Elysées hérissés de drapeaux algériens (pour Zidane) ou Kanaks (pour Karembeu). Et ce peu d’empressement à chanter la Marseillaise chez les mêmes « héros » de la France métissée…Il fallait mettre cela sur le compte du stress, nous disait-on. Jusqu’à ce que le futur ex-mari d’Adriana avoue franchement qu’il n’avait pas envie de la chanter, parce que son grand-père aurait figuré dans une cage lors de l’expo coloniale de 1931. Et on lui pardonna, bien sûr, sans oser lui demander pourquoi il avait accepté de faire partie de l’équipe nationale d’un pays aussi ignoble. Par la suite, il y eut l’affaire des sifflets contre la Marseillaise, l’idée d’une discrimination positive à la française (dans cette logique, pourquoi pas un quota de « blancs » dans le foot, d’ailleurs ?) et la pantalonnade sud-africaine.
Les causes profondes du mal sont à chercher là où personne ne veut aller. La France est certainement le pays d’Europe où l’idée de nation, voire de patrie, est la plus diabolisée par ses élites. Mitterrand, qui n’apparaît grand aujourd’hui que par la petitesse de ses successeurs, n’a pas peu contribué à cette décadence de la fierté nationale, avec sa mortifère expression : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. » Ce que tous les décideurs ont compris comme une déclaration de décès de la nation française, réduite à un vague héritage folklorique appelé à faire place à une citoyenneté européenne, voire mondiale.
Nos manuels scolaires sont pleins de cette vulgate mondialo-européiste, où la France ne brille que par un passé par ailleurs lourdement entaché de péchés impardonnables : racisme, antisémitisme, bellicisme, colonialisme. Saleté de France ! Ce pays, endetté, désindustrialisé, gouverné par les marchés financiers et les technocrates bruxellois, vaut-il encore qu’on l’aime ? Jean-Pierre Chevènement, dans La France est-elle finie ?, souligne à juste titre que l’individualisme vigoureux des Français n’était contenu que par un Etat fort, et un sentiment républicain qui s’était approprié l’idée nationale. Cet Etat part aujourd’hui en lambeaux sous les coups du libéralisme le plus féroce, la République et la Nation ont été vomies par les bien-pensants, abandonnées au FN, ou galvaudées par une Droite qui n’y croit pas une seconde (à l’exception d’un Dupont-Aignan, ce qui fait peu).
Comment s’étonner alors d’une flambée des communautarismes, qui ne peut que réjouir les élites européo-mondialistes selon le bon vieux principe de « diviser pour régner » ?
La fierté des origines apparaît comme le pansement des dignités bafouées et des craintes face au futur. Vous pouvez arborer des drapeaux, des médaillons, à condition qu’ils n’évoquent en rien la nation française : la Corse, la Bretagne, le Maroc, le Congo, l’Islam, le Judaïsme, le Protestantisme déjanté, oui ! Le Catholicisme, à la rigueur, mais attention…La France, non !
            De fait, l’équipe de France de foot, qui concentre tous ces complexes et ces tensions par son recrutement même (en gros, des jeunes de banlieue qui n’aiment pas leur pays et ne rêvent que d’une vie de star à l’américaine, avec grosses bagnoles et gonzesses sur le capot), ne peut pas être autre chose qu’une bande de mercenaires encore moins fiables que ceux qu’employait Carthage. Laurent Blanc voudrait reprendre les choses en main, mais la tâche est titanesque. Mission impossible, sans doute, tant que notre pays continuera dans cette voie suicidaire.

            La fierté des origines a-t-elle un sens ?

Question philosophique du jour en rapport avec ce qui précède. Nous avons vu que de nos jours, en France, la fierté des origines ne peut se concevoir que dans un sens exotique ou régional. La fierté « hexagonale », ou même européenne dans un sens civilisationnel ou ethnique, sent le soufre. Comment mettre tout le monde d’accord ?
            Tout simplement en envoyant ce concept à la poubelle. Nous ne pouvons être légitimement fiers que de ce que nous avons fait, et non de ce nous sommes par la naissance.
La Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 est à cet égard limpide : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » (Article 1er). Toute revendication, toute fierté (ou toute honte), ne peut reposer que sur des faits dont on est responsable. Si mon père était un héros, ou un criminel, je n’y suis pour rien : je ne mérite ni récompense, ni sanction. Appartenir à un « grand peuple », ou un « grand pays », avoir tel ou tel ancêtre, peut être un motif de satisfaction ou d’intérêt (savoir d’où l’on vient est un besoin humain), mais cela s’arrête là. Tout le reste n’est que vanité, ou fierté mal placée.

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