mercredi 16 mars 2011
Fly, little bird, to Fukushima…
Les nostalgiques des années 1980 auront reconnu dans ce titre une allusion au single de Sandra, la chanteuse allemande qui rendait hommage aux victimes d’Hiroshima, 40 ans après que « Little boy » leur soit tombé sur le coin de la figure. A chanter avec la même voix aigüe et un peu nasillarde pour se mettre dans l’ambiance. Cela n’aidera pas beaucoup les Japonais, qui connaissent leur pire catastrophe nationale depuis 1945, mais cela dédramatisera un peu l’atmosphère.
Nos vaillants médias ne cessent de souligner l’extraordinaire stoïcisme des Nippons, leur pudeur, leur discipline, leur confiance en leurs dirigeants. Leur télévision ne filme pas les cadavres de manière racoleuse, ne fait pas de gros plans sur les visages en pleurs. Nous sommes aux antipodes de nos propres mœurs, et cela nous fascine.
Ils ont « une culture du désastre », paraît-il, habitués qu’ils sont à s’en prendre plein la gueule et à s’attendre au pire. J’ai lu il y a plus de dix ans un livre science-fiction-catastrophe intitulé
La submersion du Japon, de Sakyo Komatsu, paru en 1973 (réédité en France par Picquier Poche en 2000), qui m’a beaucoup marqué.
Dans cet ouvrage, qui voit l’archipel nippon littéralement anéanti par un super « Big one », nul pathos inutile ne vient parasiter le propos. Les faits sont décrits avec un mélange de précision et de simplicité quasi-clinique. Que nous sommes loin de nos boursouflures stylistiques, de nos vaines excitations ! Face au drame, les Japonais s’organisent au mieux pour survivre, et donnent au monde entier une grande leçon de courage. Nous connaissions cela, autrefois, en Occident. Cela s’appelait la force d’âme. Notre société capitaliste, individualiste et consumériste nous l’a ôté. Faudra-t-il des cataclysmes à répétition pour nous la faire retrouver ?
Le défi de Kadhafi.
On pensera ce qu’on voudra de Muammar Kadhafi, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en a ! A la façon d’un Laurent Gbagbo, pas question pour lui de capituler devant les menaces de la « communauté internationale ». Il contre-attaque avec les stocks d’armes vendus par la France et la Russie, et entreprend de reconquérir les territoires libérés par les rebelles. Les forces minables de ces derniers, épaulées par quelques commandos américains, britanniques et français, sont au bord de l’effondrement. Super Sarko n’a pas réussi à convaincre l’UE et l’ONU de réagir assez vite. L’UE, pourtant, avait matière à frapper, après la capture de deux militaires néerlandais par les troupes de Kadhafi lors d’une opération d’évacuation de leurs ressortissants. Mais l’UE reste fidèle à elle-même : un gros machin bien mou et frileux, que les meilleures volontés du monde ne revitaliseront jamais.
Il n’empêche que si nous laissons la rébellion se faire écraser pour reprendre ensuite des relations « normales » avec le tyran de Tripoli, au nom de la « Realpolitik » et du pétrole, nous aurons une fois de plus le sentiment d’être de beaux salauds.
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