dimanche 6 février 2011
La révolution de papyrus et ses avatars.
Si, si, c’est comme ça qu’il faut baptiser les évènements d’Egypte, et la chute imminente d’un Moubarak lâché par ses amis américains ! N’en déplaise à ceux qui, comme moi, avaient prévu de énièmes vacances sur la rive sud de la Méditerranée, toute la région suit le mauvais exemple tunisien. Le Yémen s’agite (« la révolution de la gomme arabique » ?), la Jordanie gronde (« la révolution des sables » ?), la Syrie frémit (« la révolution du palmier dattier » ?), en attendant l’Algérie (« la révolution du couscous » ?), le Maroc (« la révolution du thé à la menthe » ?) et les autres…
Pendant ce temps, l’Occident se divise en deux : ceux qui applaudissent, et ceux qui pleurnichent. Au milieu, les dirigeants français, pris au piège de leur « réalisme » et de leurs compromissions. Adieu, les vacances pas chères pour MAM et consorts. Quant à la pauvre Jeannette Bougrab, la voilà convoquée et sermonnée à Matignon pour avoir réclamé trop tôt le départ de notre ami Moubarak.
En ce qui concerne l’Egypte, j’aurais plutôt tendance à me rallier à l’opinion d’un Elie Barnavi, qui ne se réjouit guère et fait justement remarquer que ce pays n’a rien à voir avec la Tunisie. Pas de grande classe moyenne éduquée au pays des Pharaons, mais un islamisme populaire très puissant, seule force politique organisée du pays après l’armée. La déstabilisation du plus grand pays du monde arabe ne peut en aucun cas être une bonne nouvelle.
En Israël, pays d’origine de Barnavi, on serre les fesses. Serait-ce enfin le moment de regretter, chers amis, d’avoir saboté tous les efforts de paix engagés depuis 1993 ? Les éructations antisionistes des manifestants de la place Tahrir ne présagent rien de bon. Encore fallait-il ne pas leur donner tant de grain à moudre depuis 18 ans.
Répression aveugle.
Pas besoin d’aller dans des contrées exotiques pour observer des forces de l’ordre brutales et mal inspirées. La vidéo des exploits de certains gendarmes fait le buzz. Le 21 janvier dernier, de paisibles manifestants de la région d’Anduze ont commis le crime de retarder le départ du train à vapeur des Cévennes, à bord duquel avaient pris place le président de la communauté d’agglomérations du Grand Alès et le sous-préfet du coin. Motif ? Une sombre histoire de regroupement communal contesté par certains villages. Le blocage du train était symbolique, le cortège composé de gens dont la moyenne d’âge devait être proche de 50 ans.
Sans sommation, froidement, le commandant des gendarmes ouvre les hostilités à coups de bombe lacrymogène en pleine figure. La bousculade qui s’ensuit donne prétexte à manier le tonfa et faire quelques blessés. Manque de chance, les gadgets modernes ont permis une rapide et médiatique diffusion des faits sur internet. Coup de bol, les évènements du monde arabe ont facilité l’étouffement de l’affaire dans nos grands médias.
La preuve est faite que nos forces de l’ordre ne sont pas racistes : elles répriment aussi les mouvements d’humeur de la France profonde.
Les dessous de l’école « numérique ».
Un article récent du Canard enchaîné, se faisant l’écho d’un ouvrage de Florent Goujet, revient sur la folie du passage au numérique qui sévit dans l’enseignement français. Il en dévoile des dangers profonds, et surtout les objectifs inavoués : transformer les profs en simples agents d’ambiance, dépanneurs de bugs et dociles exécutants d’une transmission de contenus qu’ils ne maîtriseront plus. Des agents moins qualifiés, recrutés à la va-vite et jetables, chargés d’encadrer des publics plus nombreux collés à leurs écrans. Il y a trois ans, je me souviens d’un débat entre collègues sur un forum consacrés aux TICE (Technologies de l’Information et de la Communication appliquées à l’Enseignement). J’y avais fait le même constat, et insisté sur le fait que partout où l’informatique avait pu s’introduire, des emplois stables avaient été détruits, et qu’il n’y avait pas de raison pour que l’enseignement échappât à la règle. Je fus comme il se doit jugé excessivement pessimiste. Il y a des fois on l’on aimerait avoir eu tort.
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