dimanche 27 février 2011
Comment tuer un rebelle ? Le cas José Bové.
Kadhafi n’est qu’un imbécile. Ecraser une rébellion sans tirer un coup de feu, c’est parfaitement réalisable, la preuve par l’Union Européenne et José Bové. A la fin des années 1990, José Bové se fait connaître comme l’un des chefs de file de l’antimondialisation libérale. Il participe aux grandes causeries utopiques de Porto Alegre, à tous les forums d’ATTAC. A la tête de son commando de paysans gauchistes du Larzac, il démonte le Mac Donald’s de Millau avant de lancer sa grande campagne de fauchage anti-OGM. En 2005, il tonne avec bien d’autres contre le pseudo-traité constitutionnel européen, contribuant à son échec dans les urnes et au désarroi des eurocrates.
Arrive alors le bon docteur Cohn-Bendit, qui s’impose au sein de l’état-major des Verts, rebaptisés illico « Europe-Ecologie », ce qui annonce au moins le programme. L’ex-trublion devenu gendarme de la pensée unique y fait entrer le tonitruant José, avant de faciliter son élection au Parlement européen. Et là s’accomplit le miracle. Au fil des mois, une sainte mutation s’opère. Le démon du Larzac s’assagit. Il approuve le Traité de Lisbonne, succédané de cette constitution européenne qu’il avait vomie en 2005, imposé aux peuples par la voie parlementaire en 2008. Il est persuadé que seule « l’Europe » trouvera une solution à tous nos maux. Dans son dernier livre d’entretien (Du Larzac à Bruxelles), la mutation s’achève lorsque le brave José déclare qu’il n’a jamais aimé le terme « antimondialisation », trop chargé de relents xénophobes ou nationalistes, et toujours préféré celui d’ « altermondialisation », un « monde sans passeports »…Laissez-faire, laisser passer, les marchandises, les capitaux et les hommes, si tous les gars du monde, etc…Encore un petit effort –se raser cette moustache trop gauloise et prolétaire, par exemple- et M. Bové pourra rejoindre le club d’Alain Minc.
Pauvre Kadhafi ! Tu avais pourtant eu une excellente idée de broyeuse à rébellion avec ton Union du Maghreb Arabe. Sarko avait repris la balle au bond avec son Union Pour la Méditerranée restée en cale sèche. Le fantasme de l’unité, un grand marché livré aux appétits les plus féroces, des chambres de recyclage de leaders politiques transformés en porte-paroles de la « seule politique possible », des peuples déboussolés et privés de toute capacité de résistance autre qu’un vote protestataire aussitôt diabolisé.
Le grand séisme populaire qui secoue l’ensemble du monde arabe rend désormais la chose urgente. Vite, vite, un « grand machin » pour étouffer tout ça !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire