Mercredi 2 juin 2010
Mélancolie française.
C’est le titre du dernier livre d’Eric Zemmour, promu sorcière à brûler par nos bien-pensants depuis quelques mois, avec Stéphane Guillon et Georges Frêche. J’ai commencé à le lire, et c’est passionnant. L’épopée d’un pays magnifique, quintessence de l’Europe, victime de sa trop bonne fortune géopolitique. A la fois continental et maritime, il n’a jamais pu mettre en place une stratégie d’expansion et de domination cohérente, à la différence de l’Angleterre rencognée dans ses brumes océaniques. Les heures de gloire de notre pays défilent sous la plume admirative de Zemmour, avec ses grands noms et ses heures sombres.
Roman national, ricaneront les historiens postmodernes, libéraux, européistes et mondialistes à tout crin. Fantasme de la décadence, diront les mêmes lorsque Zemmour aborde la mort lente de notre pays, détruit par en haut : la mondialisation, les technocrates bruxellois, les entrepreneurs apatrides qui n’aiment un pays que pour mieux l’exploiter ; et par le bas : islamisation rampante, communautarisme, consumérisme ravageur qui nous transforme en zombis aliénés ne cherchant même plus leur cerveau.
Enfant, j’ai grandi avec l’Histoire de France en bandes dessinées, qui couvrait notre histoire de l’époque des Gaulois à l’élection de Valéry Giscard d’Estaing. Par la suite, je me suis régalé des vieux manuels de Malet-Isaac. Tout cela sentait bon la IIIe République, mais quel élan, quel amour pour cette nation au destin exceptionnel ! La BD éditée par Larousse mettait un terme au « roman » en 1974, et je me suis longtemps demandé pourquoi il n’y avait pas eu de suite. Maintenant, avec le recul, j’ai compris. A partir de 1974, la France entre dans les turbulences d’une économie de plus en plus mondialisée dont les ressorts lui échappent, d’autant plus qu’elle et les autres grandes nations occidentales vont abandonner les moyens d’action publique pour s’en remettre peu à peu à d’autres instances : les marchés, les agences de notation et la chimère européenne. C’est la revanche du prévôt des marchands sur Charles V, du Saint Empire sur François Ier.
La crise grecque a servi de prétexte pour accélérer les « réformes », à savoir la destruction programmée du modèle français et son alignement sur les normes anglo-saxonnes. Citons Pascal Lamy, patron de l’OMC : « Les chefs d’entreprise français sont européens parce qu’ils ont compris, à raison, que la remise en ordre et la « marché-isation » de l’économie française, si j’ose dire, se sont faites par l’Europe, grâce à l’Europe et à cause de l’Europe. »
(Le Débat, n°134, mars-avril 2005)
Que certaines élites trahissent la Nation, c’est un peu la coutume chez nous, au moins depuis la Révolution française. Du Comte d’Artois à Sarkozy, en passant par DSK et Pascal Lamy.
Contrairement à d’autres puissances qui croient encore en elles-mêmes (la Chine, la Russie, les Etats-Unis, l’Inde, le Brésil, voire la Grande-Bretagne), la France n’y croit plus et se complait dans une veulerie digne des pires heures de Vichy. A ceci près que Pétain, lui, aimait la France !
Plus inquiétante est l’atonie de la Nation elle-même.
Pour défendre les retraites, lors de la dernière grande manif sociale, il y avait à Marseille quatre fois moins de monde que pour acclamer la victoire de l’OM. Pour protester contre le retour de la France dans le giron de l’OTAN, il n’y avait personne. Et tout le monde se réjouit que notre pays, officiellement si endetté, devant faire tant de sacrifices, accueille l’Euro 2016. Panem et circenses, c’est finalement tout ce qui nous restera de l’héritage gallo-romain.
Tels les humains décadents du roman de Pierre Boulle, les Français se laisseront-ils asservir et déposséder sans se battre ?
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