dimanche 18 juillet 2021

Pass sanitaire et crise politique : un été orageux.

 

dimanche 18 juillet 2021

 

            Un été orageux : quand les nuées s’amoncellent.

 

Mon épouse et moi-même avons participé hier à la manif organisée à Pau contre le pass sanitaire. Il y avait de tout parmi les manifestants : des jeunes, des vieux, des familles, des Gilets jaunes, des gauchistes, des gens de droite, des antivax, des sceptiques et des vaccinés. Notre mot d’ordre n’était pas « non au vaccin », mais « le pass ne passera pas ! » et « liberté ! ». Outre les habituelles rengaines de manifestation (« « Macron, si tu savais, ta dictature où on s’la met…au cul, au cul, aucune hésitation ! », « Macron démission ! ») nous avons aussi chanté la Marseillaise.

Nous étions très nombreux, bien plus que ce que j’espérais pour une manif en plein été. Les rues du centre-ville étaient pleines, nous avons été applaudis par des commerçants, il n’y a pas eu de casse. Pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai ressenti une exaltation extraordinaire à participer à un défilé dont l’enjeu est bien plus important que celui des retraites. Pour la première fois, j’ai ressenti dans mes tripes la nécessité de défendre ces fameuses « valeurs de la République », si souvent mentionnées et de plus en plus bafouées par ceux qui nous dirigent. Car le pass sanitaire, c’est la négation même de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

C’est la mise en place insidieuse d’un permis citoyen à la chinoise, mais sans la protection réelle d’un régime fort, car incapable par ailleurs de nous protéger de la mondialisation sauvage, de l’immigration clandestine, de l’islamisme et du terrorisme, de la délinquance et du « wokisme » qui minent notre civilisation. C’est la première étape vers le monde rêvé des adeptes de la gouvernance mondiale, le totalitarisme mou des Schwab, Attali et consorts, le contrôle des masses composées d’individus transgéniques et déracinés. Des zombies qui marcheront plus ou moins droit, guidés par leurs seuls désirs consuméristes. Ils pourront gémir « cerveaux », « cerveaux », comme ceux des films de Romero, parce que c’est précisément ce dont on les aura privés.

La réaction du pouvoir et des grands médias a été à la hauteur de ce que j’attendais d’eux : mépris total, sous-évaluation délirante du nombre de manifestants, réduits aux seuls antivax pour mieux discréditer le mouvement. Mention spéciale à Brice Couturier, qui a vu une fois de plus la main de Moscou dans la culotte de sa sœur. Le bras de fer a commencé.

Pour prendre un peu de hauteur, j’ai l’impression que nous entrons dans une crise qui rappelle par certains aspects l’Affaire Dreyfus. Non pas sur le fond des choses, mais sur la dimension idéologique et morale des prises de position.

Les Dreyfusards étaient motivés avant tout par la défense des droits de l’Homme, et en l’occurrence ici d’un homme, le capitaine Dreyfus, victime d’un complot militaire visant à couvrir ce qui était sans doute un agent double, Esterhazy. Il y avait aussi chez nombre d’entre eux une détestation de l’Armée, vue par la gauche radicale, socialiste et anarchiste comme le bras armé de la « réaction ».

C’était exactement  l’inverse chez les Antidreyfusards, pour lesquels il était hors de question d’attaquer cette vache sacrée qu’était l’armée française, rempart de la Nation et instrument de la Revanche contre l’Allemagne. Et les antisémites, très nombreux à l’époque, ont largement profité de l’occasion.

Pour les uns comme pour les autres, l’affaire d’espionnage, la culpabilité ou l’innocence de Dreyfus n’avaient en réalité que peu d’importance. L’honneur d’un homme et la vérité pouvaient-ils peser plus lourd que le prestige d’une grande institution ? Tel était le problème.

Les médias de l’époque étaient, rappelons-le, massivement antidreyfusards, et le sont restés même après les aveux d’Esterhazy. Le pouvoir politique s’en tira par un compromis : grâce d’abord pour Dreyfus en 1899, puis réhabilitation officielle en 1906.

Aujourd’hui, les deux camps sont les suivants :

-Ceux qui font confiance aux autorités, ou qui s’y soumettent par peur de perdre le peu de libertés qui leur restent et un certain confort de vie. Ceux qui sont obsédés par le risque zéro, les hypocondriaques, ceux qui confondent vie et survie. Pour eux, les blouses blanches du haut conseil scientifique ne peuvent pas se tromper, ni avoir de mauvaises intentions ou de sordides intérêts. Les « grands médias » font sérieusement et honnêtement leur travail. La classe politique est avant tout animée par l’intérêt général et tout ce petit monde sait mieux que nous ce qui est bon pour nous. Donc, on suit, aveuglément, comme les cobayes de l’expérience de Milgram prêts au pire dès lors que l’autorité le leur demande. Et ici, c’est encore plus facile d’obéir : ne s’agit-il pas de « se protéger » et de « protéger les autres » ?

-L’autre camp repose sur le doute systématique et un manque de confiance quasi-totale envers ces « autorités » politiques, scientifiques et médiatiques. Cela peut évidemment faire le lit des théories les plus loufoques, mais c’est avant tout le signe d’une crise profonde de crédibilité de nos institutions. Ces gens-là sont persuadés qu’on leur ment, qu’on les manipule, et que leur liberté individuelle est en grand péril. Les opportunistes « révolutionnaires » et les agités de tout poil profitent évidemment de la grogne pour foutre le bordel.

Qui l’emportera cette fois ? En tout cas, cette querelle divise profondément les Français, au point que c’est un sujet à éviter entre amis ou en famille.

Elle traverse aussi les rares journaux qui font une place au débat dans leurs colonnes, tels Marianne, même si ce dernier titre penche nettement du premier côté. A l’analyse toute en finesse de Natacha Polony, qui a compris selon le moi fond du malaise et les contradictions insupportables du pouvoir, s’oppose un texte virulent de Jacques Julliard consacré aux seuls antivax, qui en l’occurrence m’a terriblement déçu. Quoique plus érudit que Caroline Fourest dans sa critique des vaccino-sceptiques, avec force citations de grands auteurs, il sombre très vite dans l’injure : « défaite de la pensée », « méprisables », « pleutres », « munichois », « vichystes », « lâches et pervers », « éternels imbéciles ». Un ramassis d’obscurantistes ennemis de la Raison. 30 à 40% de salopards, en somme…Il ne lui est pas venu à l’esprit que ceux qu’ils dénoncent pourraient tout aussi bien lui retourner le compliment.

En juin 1940, les gens raisonnables, la plupart des journaux et la majorité de la classe politique ont suivi Pétain et sa clique. Etait-on plus français que le héros de Verdun ? La priorité n’était-elle pas de remettre la France sur pied après le désastre, et de lui faire une place au sein de la « grande Europe » tant vantée par l’Allemagne ? 40 millions de Pétainistes ! De Gaulle en exil à Londres n’avait attiré qu’une poignée de rebelles, on pourrait dire de dingues, qui croyaient d’abord en la France et à sa liberté. Le « traître », selon la bonne presse française et radio-Paris, c’était De Gaulle, le « général Micro, fourrier des Juifs, des Anglais et des communistes. »

Dans l’absolu, chaque camp avait sa logique et ses « bons » motifs. C’est toute la tragédie des guerres civiles. Et c’est celle que nous revivons aujourd’hui, sous une autre forme.

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