samedi 14 mars 2020
Etat de guerre.
Le discours
macronien de jeudi soir était parti pour être du même acabit que ses
sempiternelles justifications des politiques en cours : « Nous
faisons pour le mieux, dormez bien braves gens… » Cela semblait si
inintéressant au début que je suis parti brosser un chat errant que nous
espérons adopter, et qui traînait sur la terrasse en attendant sa gamelle.
Un cri de mon
fils aîné m’a fait revenir au salon : « Papa, on a
gagné ! »
Pour tous les
élèves de France et de Navarre, c’est la fiesta : tous les établissements
fermés jusqu’à nouvel ordre. Au moins jusqu’aux vacances de printemps, d’après
le sinistre Blanquer qui nous expliquait, 24 heures plus tôt, qu’il serait
déraisonnable de procéder ainsi.
Me voilà donc,
avec des millions d’autres Français, incités à expérimenter le télétravail. On
verra bien ce que cela donne. Mais la suite du discours donnait envie de se
pincer : « défendre nos acquis sociaux, et notamment notre santé,
quoiqu’il en coûte ( !), relocaliser nos activités stratégiques
( !!), mieux nous protéger, affirmer notre souveraineté
( !!!)… » Que de gros mots
dans la bouche du libéral qui siège à l’Elysée ! Le Petit Prince a trouvé
des accents rooseveltiens, voire churchilliens, qui n’étaient pas pour me
déplaire.
Passons sur les
quelques récupérations des grands moments du passé national, de l’Union Sacrée
(1914) à la France Unie (1988, merci Tonton). Il ne manquait plus que le
« sang et les larmes » (Churchill), ou « ne vous demandez pas ce
que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre
pays » (Kennedy). Les professionnels de santé, jusqu’ici traités avec
mépris, sont promus héros nationaux.
Le plus
incroyable dans tout cela, c’est qu’un simple virus de grippe –certes encore
difficile à cerner, mais qui n’est quand même pas la Peste noire- ait
brusquement rendu possible ce que l’on nous disait totalement irréaliste il y a
peu : des centaines de milliards de dépenses publiques, envoyer paître les
critères de Maastricht, obliger les Allemands à foutre en l’air leur rigorisme
budgétaire, protéger les frontières, etc…
Il aura fallu
pour cela que la Chine, en s’enrhumant, fasse tousser la planète entière et
démontre à ceux qui affectaient de l’ignorer à quel point nous en étions devenus
dépendants. Les Etats-Unis ont assené le coup de grâce à l’Union Européenne en
décrétant les ressortissants de celle-ci indésirables outre Atlantique. La
grande machinerie spéculative des marchés et la psychose des foules ont fait le
reste. Ah, ces braves gens qui se ruent sur les pâtes, le papier toilette et
les lingettes ! Le virus de la connerie est de loin le plus contagieux et
le plus dévastateur. Si c’est contre lui que devons faire la guerre, ce sera
très long.
En attendant, la
France, comme d’autres pays à travers le Monde, plonge dans une semi-paralysie
que nous n’avons jamais expérimentée à cette échelle, même dans les pires
moments de notre histoire nationale : écoles, clubs sportifs, salles de
concert, musées, festivals…on ferme ! Et nos « aînés », comme
dirait le Président, sont mis sous cloche chez eux ou dans les EHPAD.
Tout cela est
inédit, et me paraît totalement irréel.
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