mardi
9 juillet 2019
La guérilla du bac.
En principe, ceci devrait être ma dernière chronique
de l’été. Le projet de roman que j’ai commencé à écrire accapare beaucoup mon
esprit, au détriment d’une actu qui me déprime de plus en plus. Je ne pouvais
pas, cependant, ignorer ce fait sans précédent, si je ne m’abuse, dans l’Histoire
de l’Education Nationale : la « grève du bac ».
Disons-le tout de suite, je n’y ai pas participé,
pour la bonne et simple raison que le Rectorat m’a fait la grâce, cette année,
de ne pas faire appel à mes bons et loyaux services. J’ai toutefois cotisé
modestement à un fonds de soutien pour mes collègues grévistes. Est-ce à dire
que j’aurais fait grève, moi aussi, si j’en avais eu l’occasion ? Sans
doute pas…j’aurais d’ailleurs pu le faire pour le premier jour des
surveillances, comme la plupart des syndicats y avaient appelé. Ce ne fut pas
le cas, pour des raisons à la fois financières et de principe, ne souhaitant
pas pourrir la vie de mes collègues du centre d’examen en leur faisant faux
bond au plus mauvais moment.
Ce qui suit constitue une analyse personnelle, et
non un texte « militant » dans un sens ou dans l’autre.
La grève du bac semble avoir été assez peu suivie,
même si le Ministère, comme d’habitude, a cherché à en minimiser l’ampleur,
tandis que les syndicats, inversement, gonflent la baudruche. Mais même ainsi,
cette action a été infiniment plus médiatisée et perturbante, donc efficace,
que toutes les grèves, les blocages et autres sit-in foireux organisés jusqu’ici
contre la réforme Blanquer. Moralité, pour être entendus, les profs savent
désormais ce qu’il faut faire, et que leur conscience professionnelle leur
interdisait jusque-là, avant tout pour ne pas pénaliser leurs élèves. Dommage
que cela vienne un peu tard : d’ici peu, le bac à l’ancienne aura disparu,
et avec lui l’arme absolue qu’il pouvait constituer.
La réaction du gouvernement, quant à elle, est
parfaitement à l’image de la façon dont il a fonctionné jusqu’ici :
mauvaise foi, terrorisme langagier, hypocrisie, bricolage…
Mauvaise foi, en prétendant que le Ministère a
négocié pendant plus d’un an sa réforme. Il a procédé comme pour le reste :
consultation bidon, puis application à marche forcée du projet, en faisant mine
de céder sur quelques points mineurs. C’est ce jusqu’au-boutisme qui a entraîné
cette grève, dont le gouvernement porte donc l’entière responsabilité.
Terrorisme langagier, en attaquant les grévistes par
un vocabulaire agressif : « sabotage », « prise d’otage ».
Le bon Droit contre le Crime organisé. On a beau avoir l’habitude dans l’histoire
des luttes sociales, c’est toujours horripilant.
Hypocrisie : pendant que Blanquer, appuyé par
Macron, roule des mécaniques devant les médias, tous les profs ont reçu un
message vidéo du Ministre destiné à nous caresser dans le sens du poil. « Vous
êtes formidables, je comprends vos inquiétudes, on va bien s’occuper de vous,
ayez confianSSSSe… » Ben non, justement !
Bricolage, avec le jeu du relevé à trous : pas
de note pour le jury ? Hop, on pioche dans le livret scolaire, selon des
règles variables d’un établissement à l’autre. Bonjour l’égalité devant l’épreuve !
Une carambouille digne des tribunaux administratifs ? Que nenni ! Dès
qu’on aura la note, on rectifiera. Sympa pour ceux, très tangents, qui vont
voir basculer leur destin dans un sens ou dans l’autre, ou qui seront allés au rattrapage
pour rien. Mais non, mais non, on tranchera toujours en faveur du candidat !
Et pour ceux qui ont eu droit à une procédure normale ? Ils auront été
finalement moins bien traités…Ouais mais bon, c’est pas si grave, le plus
important, c’est Parcoursup, le bac, hein, c’est qu’une formalité. Tout ça pour
ça !
Finalement, cette affaire est aussi révélatrice de
ce qu’est devenue l’Education Nationale : une usine à gaz boursouflée,
inefficace, incohérente, qui ne cherche plus qu’à gérer des flux. Un immense
village Potemkine auquel plus grand monde ne croit, mais qui prend de l’importance
lorsque le décor prend feu.
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