dimanche 13 janvier 2019

Un Grand Débat mal parti, Retour vers le Futur, Dettinger contre Andrieux


dimanche 13 janvier 2019

            Le Grand Débat prend l’eau.

Alors que le mouvement des Gilets Jaunes entre dans sa dixième semaine, ce qui en fait, dans sa durée, au moins l’équivalent de Mai 68, la Grande Diversion –heu, pardon, le Grand Débat National promis par Macron- prend l’eau de toute part.
L’affaire des 14 000 euros mensuels de sa présidente, Chantal Jouanno, est apparue comme un chiffon rouge aux yeux des contestataires. Celle-ci a courageusement décidé de ne pas assumer ce rôle, tout en restant chargée du machin mis en place depuis près d’un an, la commission nationale du débat public, qui, si elle avait fait son boulot, aurait peut-être  désamorcé la crise actuelle. Quelle gabegie ! De ce point de vue, je rejoins largement Griveaux et Philippe, qui souhaiteraient que l’ex-judoka lâche prise et fasse preuve d’un tantinet d’honnêteté intellectuelle en démissionnant totalement de ses fonctions. Le kimono doit être trop moelleux.
Mais venons-en à l’essentiel, le « grand débat » lui-même. Si j’en crois les annonces officielles, il devra se tenir entre le 15 janvier et la mi-mars. Le bon peuple pourra donner son avis par diverses instances : cahiers de doléances dans les mairies, des stands dans les gares et les marchés, des conférences où ne siègeront que des heureux tirés au sort, et des débats en ligne sur une plateforme numérique dédiée. Ouaaah ! Et à la sortie de lieux de culte, ils n’ont rien prévu ?
Histoire d’éviter le grand n’importe quoi inhérent à ce genre de choses (n’oubliez pas qu’en 1788, les ahuris de la paroisse de Champagney avaient réclamé dans leur cahier l’abolition de l’esclavage, alors que ce n’était pas le sujet, enfin !), les débats seront canalisés en quatre thèmes :
Des commissions départementales et régionales devront faire une synthèse, puis remonter le tout au Parlement qui fera évidemment bon usage de ces semaines d’intenses réflexions civiques. Lesquelles seront certainement éclairées par la lettre que le Petit Prince enverra « à tous les Français », à la façon d’un Mitterrand ou d’un Sarkozy, pas plus tard que la semaine prochaine.
Emballant, non ? A vrai dire, et à moins que le sort ne me désigne comme citoyen de service, je ne participerai pas à ce truc. Deux fâcheux précédents me viennent à l’esprit :
-le référendum européen de 2005, dont les résultats ont été piétinés deux ans plus tard par voie parlementaire.
-la grande consultation sur la réforme du Lycée, lancée vers 1998-99 par Claude Allègre. Nous y avions massivement participé : personnels éducatifs, élèves, parents, avec des millions de questionnaires, des comités de pilotage, etc… Aucune synthèse n’a été publiée, et le Ministère s’est empressé de faire passer une réforme prévue de longue date dans les cartons pédagogo-libéraux, tout en ayant le culot d’affirmer que la dite réforme s’était inspirée de la consultation !
Soyons sérieux. On sait très bien que jamais l’équipe au pouvoir  ne prendra le risque de voir certains fondamentaux remis en cause, autrement qu’en étant poussée vers la sortie, par les urnes ou par la force. Nous aurons droit sans doute à un toilettage institutionnel, celui que Macron ruminait et que la Droite a torpillé lors du déclenchement de l’Affaire Benalla, et quelques babioles (comme un référendum d’initiative citoyenne réduit à des domaines futiles).
Si je devais vraiment donner mon avis, une idée principale me vient : remplacer le Sénat par une Chambre citoyenne, élue par région ou département au scrutin proportionnel, et qui aurait grosso modo les pouvoirs du Sénat américain actuel. Aucune ratification de Traité, aucun accord européen ne pourrait avoir lieu sans son aval. Le peuple français retrouverait ainsi un peu de démocratie réelle et de souveraineté. Par ailleurs, l’élection du Chef de l’Etat devrait avoir lieu après les législatives, ce qui mettrait fin à un présidentialisme à bout de souffle.

Retour vers le Futur, film prémonitoire ?

Avec mes fils, nous venons de revoir la fameuse trilogie de Robert Zemeckis qui a enchanté mon adolescence. La surprise est venue de l’opus 2, dans lequel le héros, Marty Mac Fly, se voit projeté dans une « alternative temporelle » à son époque. Dans cet autre univers, les Etats-Unis sont dominés par le pire ennemi de Marty, le grossier et méchant Biff Tannen, devenu milliardaire grâce à un almanach sportif venu du futur, qui lui a permis de faire fortune en pariant comme il fallait.
Bronzé artificiellement, coiffé de grotesques cheveux jaunes, Biff vit dans une Tour clinquante à la déco kitschissime. Il a obligé sa femme à recourir à la chirurgie esthétique, et la trompe ostensiblement avec des pétasses. Sa ville d’origine, Hill Valley, est entourér de puits de pétrole et de raffineries polluantes dans lesquelles il a investi une bonne partie de sa fortune.  Terrible coïncidence avec qui vous savez ?
Bien sûr que non !  Le coscénariste du film, Bob Gale, l’a volontiers reconnu en 2017, voir le lien : http://www.premiere.fr/Cinema/Quand-Retour-vers-le-futur-2-imaginait-Donald-Trump-au-pouvoir.
Voilà pourquoi j’adore la science-fiction !

            Dettinger/Andrieux : le match de l’année.

Violence contre violence. Selon votre camp, vous soutiendrez Christophe Dettinger, ex double champion de France de boxe poids léger, Gilet Jaune de choc, filmé en train de repousser à coups de poings trois ou quatre CRS équipés de casques, boucliers et matraques.
Ou le commandant Didier Andrieux, champion des forces de l’Ordre, lui aussi filmé (voir Mediapart et le Huffington Post) en pleine action, nettement moins reluisante.
Mais force doit rester à la loi : la cagnotte de soutien à Dettinger (qui dort en prison après s’être livré à la police) a été bloquée. Celle destinée aux policiers blessés peut continuer à se remplir, tandis que le brave commandant dort chez lui.
Honnêtement, tel le héros du bouquin de Dutourd, Henri ou l’éducation nationale, j’ai de la compréhension pour les deux, finalement victimes, l’un comme l’autre d’un système dégueulasse.

            Une pensée pour les Kurdes.

Le lâchage annoncé par Washington des YPG du Rojava, qui seraient ainsi livrés à la fureur des troupes d’Erdogan et des ses alliés barbus, pourrait être reporté à plus tard. Plusieurs responsables militaires américains auraient réussi à convaincre Trump de ne pas précipiter le retrait des forces spéciales US de la zone occupée par les Kurdes. Sinon, ceux-ci n’auraient d’autre choix que de se jeter dans les bras de Bachar et de ses amis iraniens. A moins que la France…j’en vois qui rigolent, là-bas au fond !

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