mercredi 5 décembre 2018

De l'efficacité du péril jaune.


mercredi 5 décembre 2018

            De l’efficacité du « péril jaune ».

Quelques jours après les spectaculaires échauffourées de Paris, où l’on a vu la Place de l’Etoile se transformer en champ de bataille, les choses ne tournent pas au mieux pour Emmanuel Macron. Il jouait sur l’épuisement et le pourrissement du mouvement des Gilets Jaunes, et a peut-être cru que certaines images violentes ou symboliques (ah, l’Arc de Triomphe « profané » !) allaient faire basculer l’opinion.
Mais c’est raté, du moins pour l’instant. D’après les derniers sondages, plus de 60% des Français continueraient à soutenir le mouvement, malgré l’intense matraquage visant à le salir en le présentant comme un ramassis de beaufs fascistoïdes et d’affreux casseurs gauchistes.
Hué à Paris et au Puy-Velay, le Petit Prince découvre avec horreur un pays qui, en profondeur, le rejette. Hier Bonaparte au Pont d’Arcole, aujourd’hui Giscard en fin de course.
Les forces de l’ordre ont aussi montré, à cette occasion, leur terrible épuisement, pour ne pas dire leur impuissance. La décadence de l’Etat, victime de vingt ans de libéralisme à courte vue, saute aux yeux.
Le gouvernement commence ainsi, pour la première fois, à freiner ses ambitions « réformistes » : gel provisoire des taxes sur le carburant, annonce d’une possible révision de la réforme de l’ISF. Mais c’est un peu tard…une autre manif est annoncée samedi, d’autres opérations coups de poing sont envisagées, et surtout divers groupes se mettent en branle : chauffeurs routiers, lycéens, étudiants, rejoignent la cohorte innombrable des mécontents de tout poil.
Ceci ringardise furieusement les grandes grèves et manifs à l’ancienne. A leur façon, les Gilets Jaunes se sont montrés aussi disruptifs que Macron : bien organisés en petits groupes, utilisant les réseaux sociaux, ils ont réussi, avec peu d’effectifs, à perturber la France en tapant où ça fait mal tout en restant populaires. Eux aussi pratiquent le «en même temps », au risque d’être contradictoires : moins de taxes, mais plus de services publics et des hausses de revenus. Leur force est d’incarner cette France profonde, jusqu’ici silencieuse, et qui n’en peut plus que l’on se foute de sa gueule. Leur faiblesse tient au manque de structure : pas de leaders représentatifs, pas de plate-forme commune pour le moment. Il va falloir, pour plus d’efficacité, qu’ils se mettent en ordre de « marche ».
Triste leçon au final, que celle d’une violence somme toute payante. Ce qui peut apparaître comme une régression dans les luttes sociales et devenu indispensable, face à des élites arrogantes, méprisantes, qui ont tout fait pour discréditer les syndicats et autres corps intermédiaires. Cette nouvelle bourgeoisie libéralo-européiste avait pour ambition de détruire un siècle d’acquis sociaux pour nous ramener au XIXe siècle, avec l’argument d’une écologie bien-pensante et punitive en guise de religion d’Etat. De 2018, nous sommes passés à 1848 : quel progrès ! LREM devrait se rebaptiser LREMA : La République En Marche Arrière.

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