vendredi 25 novembre 2016

Duel (Fillon-Juppé)

vendredi 25 novembre 2016

                Duel.

Dans le film de Spielberg du même nom, un pauvre automobiliste est pris un chasse par un camion fou, lequel, après lui avoir fait bien peur, finit au fond d’un ravin avec force rugissements furieux.
Dans la superproduction mise en scène hier soir, diffusée sur TF1 et France 2, ce fut nettement plus équilibré et franchement moins passionnant. En fait de course-poursuite à suspense, nous eûmes droit à une compétition gentille entre deux berlines bien entretenues, se heurtant parfois sur les ailes, juste de quoi érafler un peu la peinture. Les deux pilotes ont pris soin de se ménager, tout en klaxonnant un peu et en piquant quelques accélérations bien senties. Les plus fins commentateurs ne retiendront au final que les postillons de Juppé, plus crispé au volant que son concurrent, habitué des circuits sarthois.
Personne n’a fini au fossé, et encore moins au fond d’un précipice, mais il semble bien que cette course sur piste ne puisse rien changer au classement final du grand rallye de la Droite et du Centre.
En réalité, Juppé a fait une campagne « centriste » à la Giscard, espérant comme celui-ci, en 1974, rallier suffisamment de barons opportunistes (avec le soutien massif des médias bien-pensants) pour distancer puis écraser ses adversaires. Mais le Maire de Bordeaux s’est trompé d’époque. Il se prenait pour VGE, il va finir comme Chaban, renvoyé dans son fief aquitain pour y finir ses jours politiques. Car le climat politique que nous connaissons aujourd’hui n’est plus celui des années 1970. Le positionnement centriste, qu’il soit « pépère » ou « révolutionnaire », selon l’expression de Jean-François Kahn –et qu’essaie de faire revivre à sa manière Emmanuel Macron- n’est plus du tout porteur.
L’air du temps est aux thématiques « identitaires », dans tous les sens du terme, de la « droite décomplexée » à la gauche radicale, avec de nouvelles lignes de fractures -qui ne sont pas que françaises- et qui compliquent le jeu. En gros, les deux camps qui se dessinent, dans le Monde occidental, de Washington à Berlin en passant par Londres et Paris, sont :
-d’un côté celui des libéraux, atlantistes, européistes et mondialistes. Cette fraction s’appuie sur les couches les plus favorisées par la mondialisation actuelle, bénéficie de l’appui des grands médias classiques, des milieux d’affaires et du show-biz (une trinité de plus en plus intégrée dans la défense des mêmes intérêts).
-de l’autre, tous ceux qui se sentent floués ou menacés par le Monde tel qu’il est, et qui n’en veulent pas, ou n’en veulent plus. Ceux-là sont infiniment plus nombreux que les premiers, mais très divisés politiquement. La vigueur de leur ressentiment s’exprime par le vote (Brexit, Trump, poussée des « populismes »…), mais de manière assez confuse quant aux objectifs recherchés. Leur manque de moyens d’expression et de financement est en partie compensé par un usage intensif des réseaux sociaux. Ils représentent par ailleurs une masse que l’on ne peut plus ignorer.
François Fillon, par son positionnement actuel, joue un peu sur les deux tableaux : rassurer l’aristocratie financière sans laquelle il ne pourra pas prendre le pouvoir, et encore moins l’exercer, tout en appâtant une partie de ceux qui veulent renverser la table. Avec lui, la famille de droite est rentrée dans son lit libéral-conservateur, dont le vibrionnant Sarkozy l’avait quelque peu fait sortir. En s’en prenant aux élites germanopratines –dont une bonne partie vient de monter au créneau pour défendre François Hollande, ce qui achève de la décrédibiliser-Fillon fait un peu de sarkozysme, mais un sarkozysme somme toute rassurant, provincial, bien de chez nous. La revanche des hobereaux contre les courtisans…lesquels se rallient en masse, toute honte bue, à ce Droopy qu’ils ont tant méprisé. Ils avaient oublié que dans les dessins animés de Tex Avery, c’est toujours le chien tristounet qui gagne à la fin, contre le méchant loup trop pressé.

Juppé, lui, n’a misé que sur la première faction, et a fait le plein des voix dès le 1er tour. Il n’a donc aucune chance, sauf miracle, de l’emporter dimanche soir. 

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