lundi 14 décembre 2015
Victoire en trompe-l’œil.
Rien
qu’à voir le petit sourire de Laurent Delahousse, hier soir sur France2, on
pouvait se douter du résultat avant les 20h fatidiques. Les sondages le
laissaient prévoir : comme lors des dernières départementales, le FN n’a
pas pu transformer l’essai et conquérir une seule région. La droite en gagne 7
(dont l’Ile-de-France, malgré les attaques hargneuses d’un Bartolone devenu fou
à l’idée de perdre son siège), le PS et ses supplétifs en conservent 5, les
nationaliste corses emportent une victoire relative dans l’Ile de Beauté.
Outre-Mer, la Réunion reste à droite. Les autres résultats ne sont pas encore
publiés à l’heure où j’écris ces lignes, mais le FN y avait fait un flop dès le
1er tour.
Du
côté des grands médias et des milieux d’affaires, c’est un grand
« ouf » de soulagement. Les ténors de la droite et de la gauche ont
tenu à peu près tous le même langage : « victoire de la
République », « sursaut citoyen », « mais un avertissement
du 1er tour dont il faudra tenir compte », et
« faire de la politique autrement ». Ben tiens…tout cela sent le
réchauffé, pour ne pas dire le trop cuit. L’expression « c’est dans les
vieux pots que l’on fait les meilleures soupes » ne se confirme pas
toujours, tant l’écoeurement du citoyen lambda est immense lorsqu’on lui sert,
pour la énième fois, la même tambouille.
Rien
ne changera d’ici 2017, et ce pour bien des raisons :
-d’abord le
manque de temps : le temps long de l’action politique ne se confond pas
avec le temps ultra-court de l’agitation politicienne et du buzz médiatique.
Tout au plus assistera-t-on, à droite, à une tentative de putsch pour virer
Sarko, dont la stratégie du Ni-ni aurait pu tourner au désastre sans la bonne
volonté des électeurs de gauche et l’ordre suicidaire donné par la direction du
PS à ces caciques les plus mal en point. Côté gouvernement, Hollande devrait
garder la même ligne libérale-sécuritaire, avec probablement, à quelques mois
de l’échéance présidentielle, des petits cadeaux destinés à son aile gauche.
-ensuite parce
que la configuration actuelle est celle dont rêve le Président de la
République, digne disciple du machiavélique Mitterrand : un tripartisme de
fait qui plombe la droite, avec un FN
fort mais sans allié, jouant l’épouvantail idéal pour rabattre les gogos
vers les filets du Père François au 2e tour.
Mais gare au trompe-l’œil.
Si le FN a
reculé au 2e tour en % (passant de 27,7 à 27,4%), se faisant doubler
par les coalitions habituelles de « gauche » et de
« droite », il a aussi encore progressé en voix. C’est la
mobilisation plus forte d’une partie des électeurs, notamment à gauche, qui a
permis au tripartisme de reprendre sa hiérarchie habituelle (droite
ripoublicaine>gauche en peau de lapin>front populiste). Mais il reste
quand même 40% de citoyens qui ne se sont pas exprimés ! Le tir de barrage
médiatique orchestré contre le FN tout au long de la semaine n’a en rien
entraîné de grands mouvements de foule, comme en 2002. La rhétorique
antifasciste habituelle a certainement moins compté que des inquiétudes de
fond, liées à la gestion des régions, pouvant toucher les indécis. L’électorat
frontiste ne s’est pas laissé intimider.
Par ailleurs, en
empêchant ainsi le FN d’accéder à des responsabilités importantes, on lui fait
un merveilleux cadeau : lui laisser toute sa virginité de « parti-qui
n’a-jamais-gouverné » avant les présidentielles. Un atout précieux en ces
temps de lassitude.
Dans le torrent d’articles, de
déclarations et de commentaires parus cette semaine, je retiendrai surtout la
brillante analyse de Jacques Julliard, dans le dernier Marianne, qui tranche avec la médiocrité convenue de l’ensemble
(« Pas d’amalgame », dans le n°974).
Se basant sur
diverses enquêtes sociologiques, Julliard rappelle certains faits :
-le FN est un
parti « de classe, plus populaire et
plus prolétarien que le Parti communiste ne le fut jamais ». Son
programme social est à peu près celui du PCF et de la CGT (et c’est bien cela
qui irrite nos bons libéraux !). La question sécuritaire et identitaire
fait toute la différence avec cette même gauche « tradi », qui s’est
laissé voler ces thèmes au nom de la bien-pensance et d’un internationalisme
qui laisse de marbre les victimes de la mondialisation.
-nos vaillants
« défenseurs de la République » sont en fait des « cadres moyens supérieurs, des bobos et intellectuels à haut
revenus ». Cette République qu’ils défendent, c’est d’abord un système
qui les satisfait et dont ils profitent. Une version moderne (comprenez
vassalisée à l’UE et aux marchés mondiaux) de la République bourgeoise du 19e
siècle. On y retrouve le même mépris pour le peuple, ces « classes
laborieuses et dangereuses », cette même fascination pour les modèles
étrangers.
S’attaquer aux racines du mal, c’est
d’abord lancer une vigoureuse offensive contre toutes les insécurités :
économique, sociale, culturelle. Mais nos bons maîtres le veulent-ils
vraiment ? Le Pacte de Sécurité doit primer, a dit Hollande au lendemain
du 13 novembre, sur le Pacte de Stabilité. Chiche ?
Moments
historiques.
Nous en avons eu
deux, paraît-il, cette semaine.
1)
Le bout de papier signé à l’issue des
dix jours de négociations de la COP 21 nous a été présenté comme une grande
avancée. Fabius, les larmes aux yeux (ce doit être l’âge, ou la fatigue…) a
frappé de son petit marteau vert pour proclamer la clôture joyeuse des
festivités. Il est pressenti, nous dit-on, pour le prix Nobel de la Paix !
On se pince, on se gratte, on lit le bout de papier…et l’on découvre un machin
très flou, sans objectif précis quant aux moyens employés pour lutter contre le
changement climatique. Rien de nouveau par rapport à tout ce que l’on a pu dire
ou faire depuis Kyoto en 1997. Au final, comme d’habitude, tout dépendra de la
bonne volonté des Etats à faire avancer le schmilblick.
2)
Le vote des femmes aux élections
municipales en Arabie saoudite. Il y a même eu des candidates : c’est fou,
non ? Fou, en effet, de donner le droit de vote pour des élections sans
intérêt dans ce régime dictatorial, théocratique et corrompu. Fou, en effet, de
pouvoir voter alors que l’on n’a pas le
droit de conduire, de sortir seule, que l’on est une éternelle mineure aux yeux
de la loi. Fou d’être candidate, quand on n’a pas le droit de s’adresser aux
hommes directement, et que l’on ne peut discourir que derrière un paravent, par
écran interposé. Un petit pas pour le droit, un grand pas dans le délire dans
cet autre « Etat islamique » auquel nous ne refusons rien.
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