mercredi 22 janvier 2014
Quand commémoration doit rimer avec
réflexion.
Il n’aura
échappé à personne que l’année 2014 va être particulièrement chargée en
commémorations, notamment celles tournant autour du premier conflit mondial. Le
monde de la presse, de l’édition et des médias en général dégorge d’articles,
de contributions et de témoignages d’intérêt des plus variables. Les derniers
poilus français étant morts, personne ne viendra gâcher la fête des
« interprètes » de l’Histoire. Au-delà de ce feu d’artifice mémoriel,
les citoyens conscients de nos « démocraties » doivent garder la tête
froide et ne pas perdre de vue la dimension idéologique de tout cela.
La lecture du Monde du 20 janvier dernier est à cet
égard édifiante, très représentative de l’idéologie officielle qui imprègne
cette fièvre commémorative. Nous pouvons retenir en particulier l’interview de Charles de Habsbourg-Lorraine,
petit-fils du dernier empereur d’Autriche-Hongrie Charles Ier. Pour lui, comme
pour nos élites bien-pensantes, la faute du grand drame de 1914 tient en un
mot : le nationalisme. La haine des peuples entre eux, que leurs
dirigeants, par nature bons et sages, n’ont pas su endiguer. Si la guerre de
1914-1918 doit servir à quelque chose, c’est bien à nous rappeler que les
Européens doivent vivre en paix, dans une Europe qui rassemble au lieu de
diviser, etc…L’Union Européenne et son projet supranational était en germe dans
des Empires tels que celui de l’Autriche-Hongrie, hélas foudroyé par la folie
des hommes. Salauds de peuples !
Et pourtant…Qui
porte la responsabilité des alliances au mécanisme dévastateur ayant conduit à
l’explosion d’août 1914 ? Qui a bourré le crâne des peuples de cette même
idéologie nationaliste et guerrière, pour faciliter leur consentement au massacre
général ? Qui a pris la décision de commettre l’irréparable, en pensant
que tout cela serait « vite réglé », et finalement profitable en
termes de puissance ou d’intérêts économiques ? M. Dupont ? M.
Fritz ? M. Popov ?
Non, bien
sûr…mais des politiciens, des hommes d’affaires, des journalistes, des
écrivains, des artistes, des experts de tout poil. Les ancêtres en esprit de
ceux-là mêmes qui nous bourrent le mou aujourd’hui, culpabilisent les peuples
« frileux », inquiets, rétifs aux échanges dérégulés et à la
mondialisation libérale. Nos élites françaises battent des records de mépris du
peuple et, plus largement, de leur propre pays, comme l’explique admirablement
Marie-Françoise Bechtel (ancienne directrice de l’ENA, proche de Jean-Pierre
Chevènement, lui-même auteur d’un remarquable ouvrage sur ces questions) dans
le n°873 de Marianne.
Pour ces
gens-là, le peuple n’est que chair à canon : militaire en 1914, économique
en 2014.
A
quoi ça tient !
D’après le
dernier Canard enchaîné, ce qui a
motivé Hollande à pousser les feux de son « pacte de
responsabilité », est tout simplement la menace d’un nouvelle dégradation
de la note financière de la part des brillants experts de Moody’s. Comme Sarko en son temps (il faudra vraiment qu’on
m’explique ce qui les différencie sur le fond), « Moi Président » est
au garde-à-vous devant les gourous des marchés financiers.
Si le plan
mirobolant de Pépère séduit ces derniers, c’est qu’il y a vraiment de quoi
douter de leurs compétences ! Car soyons sérieux…en quoi un allègement de
charges sociales de dix milliards d’euros (car il faut en réalité soustraire
des trente milliards promis les vingt déjà accordés au titre du CICE) peut-il
relancer par miracle la croissance et l’emploi ? Un million de jobs,
disait Gattaz. Deux millions ! exige le bouillant Montebourg. Tout cela
n’est pas sérieux. La vocation d’un chef d’entreprise n’est pas de créer des
emplois (sauf à vouloir jouer les missionnaires de l’économie sociale et
solidaire), mais de faire de l’argent. S’il a intérêt à embaucher, il le fera.
S’il peut se remplir les poches sans avoir à s’embêter avec des employés
casse-pieds, il ne se gênera pas. Tout le reste n’est que littérature pour
naïfs.
Dieudonné,
un charmant garçon.
Le chantre de la
liberté d’expression, le champion de l’anti-système, le héros de la lutte
antisioniste, est aussi un fameux magouilleur qui planque son fric au Cameroun
et fait tirer sur les huissiers qui osent venir l’enquiquiner dans sa luxueuse
maison de campagne.
L’ampleur du
« système Dieudonné » commence à être étalé au grand jour, et ce
n’est pas bien beau. Certes, il ne peut bénéficier des mêmes protections qu’un
Serge Dassault, récemment sauvé des foudres judiciaires par un vote sénatorial
qui a renouvelé son immunité parlementaire. Mais les deux personnages sont du
même acabit moral : totale contradiction entre les idées affichées et les
pratiques réelles, méthodes de voyous et fréquentations douteuses. Dans mon
premier article politique, il y a sept ans, je soulignais déjà la collusion
entre la racaille d’en bas et celle d’en haut. Rien de nouveau sous le soleil.
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