mardi 13 août 2013

La France en 2025

mardi 13 août 2013

            La France en 2025.

C’est le pensum, en forme de devoir de vacances, infligé par Pépère à ses ministres pour leurs quinze jours de repos officiel. On dirait une mauvaise blague, tant cela ressemble à ces rédactions données à la rentrée par des profs en mal d’inspiration : « Racontez vos vacances », ou « Quelle serait, pour vous, la société idéale ? », etc…
La récente lecture d’un article du magazine Géo (n°414, août 2013) pourrait donner du grain à moudre à ces malheureux ministres. Il s’agit de la ville de Songdo, en Corée du Sud, élaborée selon le concept urbain de « l’aérotropolis », à savoir une ville construite et pensée autour d’un aéroport international, censé la connecter au réseau mondial, comme autrefois les villes industrielles se sont développées autour des gares et nœuds ferroviaires.
Le triomphe de la pensée en « réseau », qui s’épanche depuis des années dans les revues savantes. Voir à ce sujet l’imbitable article de Marion Tillous, paru dans Historiens et Géographes n° 419, juillet-août 2012, intitulé « le territoire sans l’appropriation » : un chef d’œuvre de jargon insupportable, avec des néologismes fumeux (ah, la « résistique », c’est magnifique !) et un blabla tellement abscons que même l’abstract (résumé) final en est incompréhensible.
Mais concrètement, en quoi ça consiste, les aérotropolis ? Dans le cas de Songdo, il s’agit d’une cité bâtie sur un ancien marécage, à vingt minutes en voiture de l’aéroport d’Incheon, près de Séoul. 40% d’espaces verts, logements neufs en tours labellisées Haute Qualité Environnementale, quartiers spécialisés (affaires, habitation, loisirs, éducation), contrôle informatique omniprésent par deux ordinateurs géants et des milliers de caméras de surveillance : 30 flics seulement pour 65 000 habitants (on en attend 300 000) !
Qui est censé habiter ce « paradis », cogéré par les pouvoirs publics et des grandes firmes privées ? (Devinez qui des deux groupes a le vrai pouvoir…) Des hommes d’affaires, dont la journée se passera entre l’avion, (pour les rendez-vous à Pékin ou Tokyo, au plus 3 heures de transport aller-retour en classe affaire), le bureau et l’ordinateur à la maison, tandis que les enfants seront éduqués à « l’occidentale », avec anglais obligatoire pour tout le monde, dans des écoles internationales privées. Le Domaine des Dieux de Goscinny, revu et corrigé pour le XXIe siècle. De quoi donner bien des arguments à Jean-Marc Ayrault, qui peine à imposer son bel aéroport de Notre-Dame des Landes, ou à Geneviève Fioraso, qui a soulevé tant de vagues avec ses cours en anglais dans les facs françaises. Ce beau modèle de « cité idéale » s’exporte, nous dit Géo, en Chine, à Taïwan, aux Pays-Bas, en Inde, en Afrique du sud…
Mais hélas, les Français ne sont pas comme les Sud-Coréens, disciplinés et fondus de nouvelles technologies. Ce sont des râleurs, qui se posent trop de questions.
Par exemple, quid de ceux qui ne pourront pas se payer un logement dans ces merveilleuses nouvelles zones urbaines ? Peut-on concevoir une société -voire un monde-pensée exclusivement dans l’intérêt d’une business class mondialisée ? Et ce fameux paradis ultra-contrôlé, n’est-ce pas la quintessence d’un totalitarisme « soft » maintes fois dénoncé par les auteurs de Science- Fiction ? Je précise qu’aucune de ces questions stupides n’est posée par l’auteur de l’article.
Mais pourquoi s’arrêter en 2025 ? Pourquoi pas 2150 ? C’est ce que fait Neill Blomkamp, avec son Elysium, qui sort demain en France. Je m’empresserai d’aller le voir, tant j’avais adoré District 9, du même réalisateur. Dans ce monde futur qui est presque le nôtre, une poigné de privilégiés vit dans une station spatiale paradisiaque, en orbite autour d’une terre surpeuplée, polluée, où des hordes miséreuses s’échinent à exploiter ce qui reste de matières premières, et à fabriquer les produits manufacturés dont ce beau système a besoin pour fonctionner. Mais évidemment, certains ont la mauvaise idée de ne pas vouloir rester à leur place…

J’espère que nos ministres iront voir ce film. Ainsi que le locataire de l’Elysée, notre Elysium à nous !

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