mercredi 19 juin 2013
La décadence du Mammouth.
Comme chaque année, le marronnier du bac donne prétexte à divers
articles sur le mauvais état du système éducatif français, le tout alimenté par
des fuites sur les résultats de l'enquête PISA, dans laquelle notre pays
dégringole. Je tiens juste à apporter ici un petit exemple tiré de mon parcours
personnel en tant qu'acteur du mammouth Ed'nat'.
En 1995, lorsque j'ai pris mon 1er poste fixe de professeur agrégé
(15h de cours par semaine), j'avais en charge pour l'Histoire-géo cinq classes de
divers niveaux. Aujourd'hui, pour le même volume horaire de base, plus que
trois seulement ! D'où vient ce "miracle" ? De toute une série de
réformes gadgets enclenchées depuis 1998 par la gauche et la droite: ECJS, TPE,
AP, "enseignements de découverte", classes dédoublées (pour ne parler
que du lycée). Tous ces machins, destinés à "enseigner autrement",
ont compliqué les emplois du temps (devenus illisibles pour les non initiés) et
rempli les services au détriment du travail de fond...avec les résultats que
l'on sait en termes de compétence de nos élèves, toujours plus nombreux à se
fracasser dans l'enseignement supérieur, lui aussi sommé de
"s'adapter" à coups de gadgets prétentieux.
L'Ed'nat' est devenu un monstre irréformable, car chacun à son
niveau (élèves, parents, profs, inspecteurs, administrateurs, agents
techniques, ministres), et moi le 1er, vise d'abord l'optimisation de sa
carrière dans un contexte de plus en plus tendu. Aucun consensus sur une grande
réforme n'est possible, car chacun pense d'abord à sauver son bout de gras, qui
l'est d'ailleurs de moins en moins. Après vingt ans de carrière, mes conditions
de travail se sont dégradées, mon pouvoir d'achat régresse...alors je me
satisfais de n'avoir que trois classes, et d'arrêter les cours début juin pour
la grande comédie du bac. Ainsi coule le système soviéto-libéral baptisé
Education nationale.
Tout voile dehors : un cas d’étude
philosophique.
Pendant que ce brave Erdogan s’emploie à mettre au pas les laïcs
turcs, ses épigones implantés chez nous font le « forcing ». Dans le
lycée où je surveillais l’épreuve du bac philo, lundi dernier, une candidate s’est
ainsi présentée tout voile dehors, au mépris de la loi sur les signes
extérieurs religieux dans les établissements publics. Au mépris de l’esprit de
la loi, mais pas de la lettre ! Car le règlement du bac n’est pas celui d’un
établissement scolaire : il n’interdit pas les signes religieux, et une
candidate voilée n’a que l’obligation de dégager son visage –pour être
identifiée- et sa tête –pour ne pas camoufler d’écouteurs ou autres gadgets. On
peut être islamiste et ne pas cracher sur les nouvelles technologies, ni sur la
fraude…
La même candidate portait par ailleurs un pantalon fort moulant
sous son abaya : islamisme peut rimer avec érotisme !
En tout cas, on tenait là un bon cas d’étude pour les deux sujets de
dissertation proposés ce jour là aux séries technologiques :
1) « Etre
libre, est-ce n’obéir à aucune loi ? »
2) « La
diversité des cultures sépare-t-elle les hommes ? »
Villeneuve sur Lot : test national ?
Encore une baffe pour le PS aux élections législatives anticipées.
La place laissée vacante par Jérôme Cahuzac –dont le cas s’aggrave sans cesse d’après
les dernières révélations de Mediapart-
échappe au parti « majoritaire », éliminé dès le 1er tour,
au profit de l’UMP et surtout du FN. Comme d’hab’, les responsables socialistes
appellent au réflexe moutonnier et vide de sens du « front républicain »,
à savoir voter UMP au 2e tour. Comment un électeur de gauche peut-il
encore se laisser prendre à ce vieux truc ? De fait, c’est l’aveu d’une
collusion de plus en plus évidente entre les deux piliers de la Ripoublique et
du jeu démocrassouillard ; pendant que les révélations s’accumulent sur
les magouilles sarkozystes (affaires Bettencourt, Guéant, Tapie, fraudes sur
frais de campagne…), les turpitudes du PS (Cahuzac, fédérations du Nord, des
Bouches du Rhône…) et la danse du ventre de Hollande face aux grands patrons
(Pépère demandant aux stars du CAC 40, lors d’un déjeuner au club du Siècle, de
lui donner des idées pour bien diriger la France !), on ne peut pas s’étonner
que 40% des Français, selon un dernier sondage, aient une bonne opinion de
Marine Le Pen.
A ce rythme, 2017 ressemblera comme deux gouttes d’eau à 2002.
Iran : un nouvel espoir ?
L’élection à la présidentielle du modéré Hassan Rohani, et ce dès
le 1er tour, est une heureuse surprise. Mais pas de quoi s’emballer
pour autant. Le vrai maître du jeu reste l’Ayatollah Khamenei, « Guide de
la Révolution » inamovible et borné. Par ailleurs, même si l’Iran se
transformait du jour au lendemain en démocratie libérale, il lui faudrait
baisser pantalon et renoncer à son programme nucléaire pour complaire à Israël
et aux Etats-Unis. Ce que Téhéran n’a aucun intérêt à faire.
La ligne rouge.
Obama, qui traînait fort prudemment les pieds jusque là, tire
finalement prétexte de l’utilisation d’armes chimiques par l’armée de Bachar
El Assad pour fournir des armes aux rebelles syriens. Lors du dernier G8, entre
deux remarques désagréables de Barroso sur la France mollement contrées par
Hollande, Vladimir Poutine a tenu bon et refusé toute action concertée des « Grands »
contre son allié de Damas.
D’ailleurs, à quoi rime cette « ligne rouge » sur les
armes chimiques ? On peut massacrer allégrement des gens, civils ou
militaires, à coups de bombes, de missiles, de balles, qui tuent, mutilent en
masse. Mais lâcher du gaz, ah, non, c’est trop horrible ! Un crime de
guerre ! Voire contre l’humanité !
Rappelons que l’usage d’armes chimiques, au cours de l’Histoire
contemporaine, a été le fait de tous les types de régimes et de divers conflits :
la guerre de 14-18, le Vietnam (1965-73), la guerre Iran-Irak (1980-88), l’Afghanistan
(1979-1989), etc…et que la seule limite sérieuse à leur emploi est leur faible
fiabilité. Ce type d’armes est trop tributaire des conditions climatiques
(hygrométrie, vent) et de terrain pour
être d’une efficacité absolue. Elles peuvent être aussi gênantes, voire
dangereuses, pour ceux qui les emploient que pour ceux qui se les prennent dans
la figure. Les armes chimiques, depuis la vénérable Ypérite jusqu’au gaz Sarin,
sont avant tout des armes de terreur psychologiques, qui servent aujourd’hui
aux bonnes âmes de ce qui reste du « nouvel ordre mondial » à tracer
des lignes rouges et justifier telle ou telle intervention.
Quand les bornes sont franchies, y a plus de limites, comme disait
Francis Blanche.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire