mercredi 7 novembre 2012

Hollande, Obama, même combat ?



mercredi 7 novembre 2012

                Hollande, Obama, même combat ?

Les « libéraux » du Monde entier, au sens américain du terme, c’est-à-dire vaguement de gauche, juste pour faire joli, peuvent se réjouir : Barack Obama a été réélu. Les sondages laissaient prévoir un score très serré, de l’ordre de 48% pour les deux, compte tenu des petits candidats « parasitaires ». De fait, Obama n’a pas fait un triomphe : 50,3% (selon le site Huffington Post) contre 48,1% pour Mitt Romney. Mais par la magie du système archaïque des « Grands Electeurs », l’écart semble plus large : 303 « votes » contre 206, en attendant les résultats de la Floride qui ne peuvent pas changer la donne.
Le bilan d’Obama est des plus mitigés. Il a sauvé les banques et l’automobile, le chômage est reparti à la baisse, son assurance santé est plus ou moins sur les rails, il s’emploie à désembourber les troupes américaines des guêpiers irakien et afghan, sans pour autant baisser la garde dans la lutte antiterroriste : il aura quand même réussi à dézinguer Ben Laden, opération totalement inutile d’un point de vue stratégique, mais tellement jouissive pour un peuple qui n’aime rien tant que les châtiments exemplaires.
Par contre, la dette reste énorme, les inégalités gigantesques, et le pays a perdu de facto le leadership presque absolu qui était le sien dans les années 1990.
Comme l’ont souligné les commentateurs, il y a plus inquiétant encore. Le score d’hier a révélé ce que tous les politologues soulignent depuis un moment : les Etats-Unis sont plus que jamais divisés par des fractures culturelles et raciales. En gros, le président sortant a fait les plein des voix chez les minorités ethniques, sexuelles, et les bobos. Son challenger en a fait autant chez les « WASP », les évangéliques musclés et les patrons de combat.
Si le pays ne retrouve pas assez rapidement le chemin de la prospérité, on peut craindre à terme des déchirements comme il en déjà connu par le passé.
                Et pendant ce temps-là, en France…
Jean-Marc Ayrault vient d’annoncer qu’il reprenait à son compte une bonne partie du rapport Gallois, en vue d’un « choc de compétitivité » qui devrait sortir notre beau pays de l’ornière où il s’enfonce depuis des lustres. La droite trouve ça compliqué et insuffisant, les patrons s’estiment plus ou moins bien servis, sauf les restaurateurs, et les syndicats grognent en dénonçant une trahison. Hollande avait promis de ne pas toucher à la TVA : il en fait le principal instrument de financement de ce nouveau machin, avec quelques miettes lâchées du côté des produits alimentaires de première nécessité.
Mais vite, place à l’enfumage sociétal ! En le gouvernement balance aussitôt un os à ronger aux réacs et aux bobos : le mariage gay (pardon, « le mariage pour tous »). Quant au vote des étrangers, ce sera pour l’an prochain, avec le nouveau plan de rigueur imposé par Bruxelles ?
                Aux Etats-Unis, Obama est de toute évidence prisonnier du monde de la finance, et les chevilles liées par une chambre des représentants dominée par les Républicains. Aussi ai-je du mal à croire qu’il va profiter de son second mandat pour faire enfin les « grandes réformes » dont on lui prête l’intention. John Mac Arthur, dans son dernier ouvrage (L’illusion Obama), n’y va pas avec le dos de la cuiller : le héros de 2008 ne serait qu’un arriviste de plus, une marionnette de Wall Street version politiquement correcte.
                En France, Hollande est son avatar européen. Un technocrate sympathique, formé dans les meilleures écoles, soumis aux diktats du marché malgré quelques velléités régulatrices. Il a certes une majorité écrasante à l’assemblée nationale, et ce pour cinq ans, mais là n’est pas, ou n’est plus, le vrai pouvoir politique, puisque tout se décide à Bruxelles.
                Hollande et Obama, deux marionnettes sociales libérales, qui s’agitent en vain devant leurs peuples déchirés et désabusés. Cela rendrait presque intéressante « l’élection » du nouveau dirigeant chinois, qui sera annoncée demain : on connaît déjà son nom, mais on sait que celui-là aura un peu de pouvoir, et qu’il agira avant tout au nom de son pays.

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