mardi 22 février 2011
DSK, notre seule chance ?
Je viens de lire l’article paru dans Marianne, juste avant l’allocution télévisée de l’actuel président du FMI. Il confirme l’effet produit par le bonhomme lors de l’émission. Solide, efficace, intelligent dans ses réparties, prudent. Je ne parle pas ici de ses éventuels talents de dirigeant français, mais de sa capacité à affronter Sarkozy en 2012. En tout cas, les sondages sont écrasants en sa faveur, et Nicolas Domenach analyse finement la « capacité projective » du personnage : le fantasme du candidat idéal pour nous débarrasser du Nabot élyséen, loin devant ses rivaux du PS (Aubry, Hollande, Royal –de loin la plus nulle)
Les autres candidats d’opposition retenus par le sondage se divisent en trois groupes :
-les figurants (environ 1% d’intentions de vote) : Nathalie Arthaud, la nouvelle potiche de Lutte Ouvrière ; Nicolas Dupont-Aignan, le dernier des vrais gaullistes.
-Les tâcherons : (entre 5 et 10%) Eva Joly, Mélenchon, Besancenot, Villepin, Bayrou. Ils sont là pour enquiquiner les « gros candidats », et servir de réserve de voix plus ou moins monnayables.
-Le 3e homme : ou plutôt femme, avec Marine Le Pen, qui caresse les 17-18%. Elle a déjà commencé à siphonner des militants du NPA de Besancenot…ça t’apprendra à trop flirter avec les barbus et les envoilées, camarade !
Quoiqu’il en soit, le rejet de Sarkozy est tel que l’on peut raisonnablement espérer qu’il dégage l’an prochain. DSK l’emporterait au 2e tour avec 61% des voix ! Cela rappelle les fantasmes sur Jacques Delors en 1994-95. Restons prudents, et envisageons les principaux cas de figure.
1) DSK se présente, et ses « camarades socialistes » jouent le jeu en soutenant activement sa campagne. Sauf coup du sort, il l’emporte largement et nous voilà débarrassés du plus mauvais président de l’Histoire de la Ve République. Champagne ! Mais pour faire quoi ensuite ? Faire mieux que Sarko, ce ne sera pas trop dur (notamment en matière de politique étrangère, où nous battons en ce moment tous les records de bévues). Rompre avec la pourriture capitaliste, le désespoir et un irrésistible sentiment de déclin national, voilà qui sera autrement plus rude.
C’est là que l’électeur conscient doit faire un effort de pensée constitutionnelle, et ne pas oublier qu’après les présidentielles, il y a les législatives. Que DSK puisse gouverner, certes, mais pas avec une chambre rose bonbon toute prête à avaler n’importe quoi, au nom du « réalisme », de « l’Europe », et de tous ces mensonges qui nous ont fait tant de mal, comme disait le vieux Maréchal.
2) DSK ne se présente pas (il nous fait le coup de Delors) pour continuer à briller au firmament technocratique et financier mondial. Ou bien, sa candidature est tuée dans l’œuf lors des primaires socialistes…ce qui revient au même, mais en pire pour le PS avec les déchirements et règlements de compte que l’on devine à quelques mois des présidentielles. Sarkozy l’emporte au 2e tour de justesse, face à un quelconque candidat socialiste.
Une chance au tirage de perdue, une chance au grattage : voir cas n°1. L’électeur intelligent fait alors barrage à l’UMP par tous les moyens. La fameuse dynamique présidentielle, voisine de zéro en l’occurrence (sauf coup tordu genre attentat terroriste au dernier moment), ne jouera pas en faveur des députés de la majorité sortante. De fait, nous voilà repartis pour la 4e cohabitation de la Ve République. Avec Martine Aubry à Matignon ? Un moindre mal, tout compte fait, car la situation ne permettra pas la poursuite des fameuses « réformes » que les libéraux de tout poil appellent de leurs vœux. Quelques années de répit pour ce qui reste du modèle français, c’est toujours bon à prendre.
3) Un match Marine Le Pen / Sarkozy au 2e tour. Tout électeur de gauche aimant la France sait ce qui lui reste à faire. Evidemment pas jouer les idiots utiles de la droite libérale, comme en 2002 : manifester « contre le fascisme », puis voter Sarkozy. Autant se tirer une balle dans la tête ! De deux choses l’une :
-S’abstenir. Pas voter blanc, qui ne sert à rien (personne ne commente jamais le vote blanc, assimilé à un vote nul, et jeté dans les poubelles électorales). Renvoyer dos à dos les deux affreux dans un face à face mortifère, où le chef de l’UMP ne peut que l’emporter avec un score d’environ 60/40, tel Hindenburg face à Hitler en 1932. Puis faire barrage à l’UMP aux législatives. Pas le feu au lac, finalement.
-Voter Marine Le Pen. Pourquoi pas ? Son programme social ne l’est pas moins que celui du PS, sa réthorique anti-islamique ou anti-immigrés n’est pas plus extrême que celle de bon nombre de ténors de l’UMP. Elu de justesse, Sarko sera encore plus faible face à la gauche aux législatives. Battu, il laisse la place à une Marine Le Pen que le scrutin majoritaire à deux tours prive de fait de tout espoir de constituer une majorité à sa dévotion. Seul risque, une alliance UMP/FN à la sauce italienne. J’opte donc pour l’abstention.
La France peut-elle être assimilée aux dictatures arabes ?
Apparemment pas, si l’on en croit les bien-pensants dont Jean-Michel Aphatie s’est fait l’écho en réponse à un titre de Marianne. Dans un autre article de ce blog en date du 10 février (Profs et magistrats, même combat), j’ai eu l’occasion de souligner les nombreuses similitudes qui existent pourtant entre notre belle république sarkozyenne et les régimes de Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et consorts. J’ai néanmoins oublié un argument de poids. En 2005, une nette majorité de Français (et d’Européens, si on leur en avait laissé l’opportunité), ont rejeté le projet de « traité constitutionnel » concocté par les élites transnationales. En 2007, le candidat Sarkozy déclare qu’il ne remettra pas en question la volonté des Français, pas plus qu’il ne touchera à la retraite à 60 ans. En 2008, il fait passer par voie parlementaire son traité de Lisbonne, mauvais remake de celui de 2005. En 2010, réforme des retraites dans un sens particulièrement injuste.
Alors, comment s’appelle un régime qui se fiche éperdument de la volonté populaire, sur des sujets aussi fondamentaux que ceux-là ?
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