mercredi 11 novembre 2009

Indigestion de Mur.

   
Ouf, ça y est, ils l’ont refait tomber, ce fichu Mur de Berlin ! Cela faisait trois semaines qu’on nous bassinait avec ça, l’apothéose ayant eu lieu hier. Blabla continu en direct de Berlin sur France Inter, logorrhée télévisuelle en soirée pour retransmettre les coûteuses festivités d’un Monde libéral ivre d’autosatisfaction. Après une interminable chute de dominos géants, nous eûmes droit à la petite larme d’Angela, et une fin de discours en allemand de Nicolas, qui endossa après bien d’autres oripeaux le costume de Kennedy.
            Le plus pénible dans tout ça fut cette question stupide posée partout et à tout le monde : « et vous, que faisiez-vous le 9 novembre 1989 ? » J’aimerais pouvoir m’en souvenir, d’autant que j’ai plutôt bonne mémoire pour cette époque, et que j’étais de surcroît étudiant à Sciences Po Bordeaux, où l’on s’intéressait quelque peu à la marche du Monde.
            Mais là, j’avoue, c’est le vide…je ne me rappelle absolument pas ce que je pouvais bien trafiquer ce jour là. Je crois me souvenir, d’un point de vue idéologique, que j’étais à l’époque dans ma phase libérale anti-coco, et que j’ai cru naïvement à l’avènement d’un Monde meilleur. Dire que j’ai déchanté depuis serait un euphémisme. En tout cas, je n’étais pas avec Sarkozy, qui n’était pas à Berlin non plus semble-t-il.
            Ah si, quand même, il y a eu un vrai moment d’émotion. C’était sur France Inter, lorsqu’ils ont reçu Daniel Brühl, le principal interprète du film Good Bye Lenin, avec en musique de fond la jolie musique de Yann Tiersen. Je me suis aussitôt replongé dans ce film magnifique et sensible, et j’ai chialé comme un gosse au volant de ma petite voiture bleue. Sans doute pas pour les mêmes raisons qu’Angela Merkel.

Nous sommes tous des Est-allemands.

            Mon père retraité me disait fort justement hier, alors que nous évoquions les vieux « Ossis » qui ont plutôt mal vécu la réunification et leur conversion forcée au libéralisme sauvage, que les Français étaient en train de vivre la même chose, en plus étalé dans le temps, avec le démantèlement systématique de leurs services publics et de leur protection sociale. Lui et ma mère, lorsqu’ils évoquent leur jeunesse et leur carrière dans la fonction publique, doivent convenir qu’ils parlent eux aussi d’un monde disparu, ou en voie de disparition rapide. Quant à la France rêvée par De Gaulle ou le Conseil national de la Résistance, elle est aussi morte aujourd’hui que la RDA.
            Par contre, les méthodes répressives de cette défunte dictature communiste n’ont pas été perdues pour tout le monde. Depuis 2007, fichage, propagande, contrôle des médias, réformes de la constitution, de la justice et des modes de scrutin vont tous dans le même sens : conforter le pouvoir exécutif dans sa toute puissance, appuyé sur un parti hégémonique et lèche-botte. Il s’en est fallu de peu que Xavier Bertrand ne jumelle l’UMP avec le PC Chinois. Ce sera pour plus tard, peut-être, quand notre dictature molle, mais de plus en plus dure, osera tomber le masque et révéler son vrai projet : faire de la France et de l’Europe une grande RDA capitaliste.

Aucun commentaire: